L'ancienne papeterie d'Essonnes

Les machines


Avant la fabrication de la feuille, quel que fût le procédé employé, cuve ou machine, il fallait faire la pâte, à base de fibre cellulosique issue d'abord de vieux chiffons puis de végétaux comme la paille, l'alfa et surtout, après 1860, le bois. Cette pâte devait être blanchie, collée, affinée surtout, c'est-à-dire intimement triturée, grâce aux piles affineuses, dont le modèle industriel le plus utilisé dans les papeteries entre 1750 et 1920 a été la pile hollandaise. Selon l'importance de la masse de pâte à traiter et l'âge de l'usine, une pile peut constituer un ensemble plus ou moins imposant.
Celles de la papeterie d'Essonnes sont relativement petites. Au premier étage de la nouvelle usine, quelques-unes ont été déposées mais il en subsiste tout de même une dizaine, dépourvues de leur tambour. Cela dit, des modèles de cette pièce existent encore en France, comme au musée de Lancey, et il ne doit pas être bien difficile de reconstituer quelques piles dans l'optique d'un futur musée du papier francilien.
Pile hollandaise.
Pendant plusieurs années encore la machine 9, la plus récente et la plus complète de l'usine, logée dans une halle moderne et sans intérêt architectural mais intimement reliée aux plus anciens bâtiments, survécut par lambeaux avant des démantèlements épisodiques. A l'échelle et à la technologie près, on retrouve les organes de la machine de Robert perfectionnée par Donkin : le cuvier recevant la pâte, le dispositif de répartition, le tamis, le feutre, les rouleaux sécheurs, les enrouleurs et les massicots.

Ci-après, le début de la chaîne, le pulper où commence le mélange des fibres.
Ci-dessous à gauche, l'obus vert est une pompe affineuse centrifuge, qui remplace les piles hollandaises. Malgré le modernisme apparent de la carrosserie, le brevet remonte à 1856.
Affineuse centrifuge.
Cuvier de tête.
Rouleaux sécheurs.
En bout de chaîne, les mannequins sur lesquels s'enroulent les bobines de papier sèches, terminées, prêtes à être coupées, emballées et livrées.
Mannequins de bobines de papier.
Entre chaque machine et le laboratoire central (ci-dessous) existait un réseau de pneumatiques par où transitaient constamment les échantillons de papier prélevés à l'enrouleur. Après analyse immédiate, des corrections pouvaient éventuellement être demandées en temps réel.
Il faut souhaiter qu'avant de prononcer inconsidérément une destruction irrémédiable, élus, décideurs et architectes mettent leurs pas dans les pas de ceux qui les ont précédés.


Sources : archives de Corbeil-Essonnes, le Monde industriel de Lucien Huard, visites commentées avec un ancien cadre de l'entreprise, Typographie impression d'Alain Bargilliat, INIAG, 1950, et Machines à papier, Innovation et transformation de l'industrie papetière en France 1798-1860 de Louis André, éditions de l'EHESS.