La citadelle de Verdun : les dessous


Les casemates D, construites quelques mois avant la guerre, étaient destinées à recevoir les locaux du gouverneur de la place, de son état-major, des estafettes, plantons et cyclistes et enfin la cuisine de ces importants personnages. La répartition des locaux fut quelque peu modifiée au cours de la première année de guerre. Une chaudière La Gauloise (type d'appareil développé en page suivante) de petit modèle était installée spécialement pour ces casemates.

L'honneur fait aux casemates D en les affectant au gouverneur est la raison de la charmante balustrade ouvragée en ciment moulé qui signale l'escalier à vis de 90 marches les reliant directement aux souterrains.
Toute l'enveloppe de la vis est décorée de croix de Lorraine.
Escalier du gouverneur de la place.

Après 1870, où Verdun fut prise, on consolida sa position selon les préconisations de Séré de Rivières. Evidemment, c'est l'époque de l'extraordinaire ceinture de forts qui firent tant parler d'eux quarante-cinq ans plus tard, mais aussi des renforcements de la citadelle elle-même. D'abord par la construction sur les dessus de magasins, de casemates, de traverses, l'extension de bâtiments, comme la caserne Beaurepaire qui fut rehaussée d'un étage, puis par le creusement sous la surveillance du chef du génie Guinot, à partir de 1887, de quelque 4000 mètres de galeries à usage de magasins donnant de plain-pied sur la berge non du ravin, mais du canal, à 16 mètres sous l'esplanade de la vieille citadelle. Prévues en 1881 pour recevoir exactement 3655 pioupious, elles n'en acceptaient plus que 2000 après percement, ce qui coûta 1 900 000 francs.
Les déblais du creusement servirent à construire en surélévation, hors zone inondable, la route stratégique qui traverse le Pré l'Evêque puis la Meuse.
Le réseau profond est constitué de 4 écoutes (ci-contre, l'écoute n° 1), plus celle dédiée à l'artillerie, desservant 22 larges galeries chauffées et éclairées (il y avait une usine électrique) servant de casemates (photo ci-dessus). C'est ce réseau qu'on appelle galeries Guinot.
Toute la partie est de ce réseau était réservée à la manutention, comprenant des moulins, une usine productrice d'énergie et 9 fours à pain dont les cheminées s'alignent sur les dessus de la citadelle. C'est là que sont actuellement installés les locaux accessibles aux touristes.
Une signalétique précise balisait les galeries et les écoutes (photo ci-dessous).

Signalétique intérieure.


Humains et matériels prenaient place dans les galeries profondes, qui logeaient ainsi 6 magasins à poudre et 7 magasins à munitions reliés par des monte-charge aux pièces d'artillerie des dessus. Les dispositions habituelles sont conservées : vestibules, sas, niches à lampe. Celles-ci ont encore leurs vitres intérieures, même si la porte vitrée extérieure a disparu.


Plaque tournante Pétolat.

Tunnel à voie étroite de 1917.

Installée dans l'écoute n° 1, une plaque tournante en 60 cm, pour une fois pas originaire de Decauville : c'est une Pétolat Père & Fils, usines à Dijon, fabrication de 1912. La suppression ultérieure de trois voies sur quatre est sans doute la conséquence des premiers aménagements touristiques qui commençaient dès cette entrée.
De façon à rejoindre de façon défilée la voie ferrée de Paris à l'endroit où elle longe la citadelle par l'ouest, on creusa pendant la guerre ce tunnel équipé en voie de 60, qui mesure environ 350 mètres et prend naissance dans le couloir desservant les magasins à poudre.


Suite.