La carrière du Couvent (suite)


Le début du siècle dernier a laissé de rares outils de carrier : cric, barre à louper pour soulever les blocs (celle qui figure ci-après entre les deux personnages excessivement sympathiques mesure un peu plus de 2 mètres), une petite dizaine de fleurets, une benne Decauville et quelques coupons de rails en 60 centimètres.
L'espèce de toboggan concave figurant ci-après, édifié au fond de la carrière dans une zone exploitée jusqu'au début du XXe siècle, continue d'être une énigme pour ceux qui contemplent son insondable mystère. Aucun carrier, aucun champignonniste encore vivant dans la région, aucun visiteur n'a su l'expliquer. Tout ce qu'on sait, c'est que la concavité est en ciment renforcé de plats et de cornières en fer. J'espère recevoir un abondant courrier sur cette installation. Un culte druidique ? Ça me plairait bien, un culte druidique. Ce serait l'autel pour les sacrifices humains.
En novembre 1946, la société Fèvre, devenue par achat à Borde et Périer propriétaire de la bouche du Couvent, commence à tirer la pierre des masses septentrionales du souterrain, en extrayant en trente-huit mois 26 000 mètres cubes. Le travail se faisait à la haveuse, peut-être déjà des Korfmann comme celle dont il reste un châssis dans l'atelier, et une taillerie à lame circulaire montée sur pont roulant, installée dans une grande allée rectiligne, assurait le débitage. Un treuil commandait le déplacement du chariot.

Le pourcentage de la pierre de taille en construction neuve diminuant, et d'autres carrières comme Vassens augmentant leur part relative, Fèvre finit dans les dernières décennies du siècle par se spécialiser dans le sable calcaire, comme l'indique le panneau ci-après, broyant les blocs pour fournir en diverses granulométries les équipements sportifs, les champignonnistes (terre de gobetage et des substrats) et les travaux routiers.
Ci-dessus, à côté d'un profil féminin au crayon d'aniline typé milieu du siècle dernier, les signaux de manoeuvre du treuil, un peu comme dans les puits de mine.

Ci-après, l'arrivée de la ligne électrique depuis un poste de transformation en surface dédié aux moteurs souterrains : haveuses, treuil, taillerie, atelier de maintenance, levage, éclairage... Un puits relie le fond et la surface, muni d'une échelle de secours avec crinoline, et le tableau général à l'abri derrière une grille commande la distribution de l'énergie.

Infra, quelques blocs débités abandonnés.
Outre une épave de haveuse Korfmann ST 100, il ne reste comme outil de taille et débitage que cette lame de scie circulaire à pastilles de carbure (de tungstène, pas de calcium). On peut encore voir aussi l'ensemble moto-réducteur du treuil.
Bien que les installations soient démantelées, un moyen de voir, aujourd'hui, la scie en mouvement est de visionner le film Maléfices porno où elle sert à tronçonner les victimes du couple diabolique Gilbert Servien - Laurence Legras (qui, elle, finira plus tard dans sa baignoire, préalablement remplie d'acide sulfurique par son époux). C'est d'ailleurs l'occasion de parler de ce curieux film désuètement porno d'Eric De Winter produit par la non moins curieuse Anne-Marie Tensi, sorti en 1976 et tourné dans les profondeurs de la carrière en l'espace d'un week-end loin d'être triste selon les souvenirs d'Eric De Winter.

Ce dernier, déjà spéléo depuis la fin des années 40, avait voulu intégrer le monde souterrain dans un scénario de sado-porno, et la découverte plus ou moins fortuite de la carrière du Couvent allait apporter un lieu de tournage discret, un décor inhabituel dans les années 70, des accessoires spectaculaires, l'électricité nécessaire aux éclairages repiquée sur les lignes laborieuses et le tout pour un coût dérisoire. Les ouvriers chômant le samedi, et aucun d'eux n'ayant eu l'idée malvenue de retourner au turbin ce jour-là, le tournage se fit sans que l'équipe fût dérangée.

D'autres films subterranéo-pornos se sont également déroulés au moins partiellement dans cette carrière, comme l'Archisexe, les Croqueuses, les Brouteuses, Et Dieu créa les hommes ainsi que diverses scènes de petit train (mais absolument pas dans un sens ferroviphile) à insérer dans des films homos, une spécialité d'Anne-Marie Tensi dont les castings d'acteurs mâles étaient devenus légendaires pour leur totale absence de romantisme et pour leur active contribution au commerce de whisky.
Forcément maléfique parce que portant cape et haut-de-forme en souterrain, le couple démoniaque s'apprête en ricanant à faire des misères à Christine Chanoine et à Stephanie Green, dite Viper.
La bande son, sur ce plan, fait quelque chose comme « Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhh !!!!!!!! »



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