Eclairages d'autrefois, de jadis et de naguère
Les combustibles gras (huiles et graisses animales ou végétales) ont été les premiers à être employés en éclairage, et le plus longtemps, depuis le Paléolithique jusqu'au premier tiers du XXe siècle. Je vais ici en présenter trois : une lampe à graisse taillée dans de la pierre, trouvée dans la carrière du Couvent de Saint-Leu-d'Esserent. Elle est récente, car taillée sur place par les carriers, mais reste totalement identique aux premières lampes taillées dans des grottes au Paléolithique. Ici la mèche est en coton, mais des fibres végétales non manufacturées faisaient l'affaire.
Ci-après, deux lampes en métal alimentées en huile, éclairant généralement les travaux miniers. A gauche, sur un dessin remontant aux XVIe et XVIIe siècles, une Froschlampe où un couvercle ferme le réservoir d'huile et où un réflecteur assez symbolique récupère quelques photons. Il s'agit d'une copie du siècle dernier.

A droite une lampe lenticulaire en fer, dite rave. On les appelle souvent raves stéphanoises, mais elles ont été fabriquées dès le premier quart du XIXe siècle dans tous les pays d'Europe et utilisées dans les mines, soit métalliques soit de houille, à condition qu'elles ne fussent pas grisouteuses, évidemment. On en trouve de toutes les exécutions, les modèles les plus simples, comme celui-ci, destinés aux ouvriers, puis d'une finition et même d'un luxe croissants pour la maîtrise, les ingénieurs, les directeurs, enfin les cadeaux aux visiteurs de marque. Les deux coquilles étaient fondues, puis assemblées et soudées. Michel Bonnot a écrit plusieurs ouvrages très complets sur les lampes de mine et les raves stéphanoises.

A noter que le mot rave désigne aussi le réservoir de carburant des lampes de mine à tamis.
Ces lampes robustes ont été parfois utilisées par des explorateurs du monde souterrain, qu'on allait peu de temps après appeler spéléologues. Edouard-Alfred Martel, le père de la spéléologie, avait une rave, qu'il a d'ailleurs fait tomber malencontreusement dans un puits en bas duquel elle a été retrouvée intacte des années plus tard. A l'occasion de la pose d'une plaque commémorative sur sa chapelle, au cimetière Montmartre, j'avais disposé une des miennes en forme de discret hommage à l'illustre spéléologue et aux artisans inconnus qui fabriquèrent cette lampe.
Aux alentours du XVIIe siècle apparurent des lampes à huile sur pied, appelées souvent crassets hollandais (qui brûlaient de l'huile de baleine) ou français (qui brûlaient autre chose), En effet, les pêcheurs néerlandais avaient fait de cette activité un quasi-monopole (les Basques aussi, je crois). C'est afin de le briser que, comme le rapporte Jean-Christian Petitfils dans sa biographie de Nicolas Fouquet, ce dernier participa avec Mazarin à la création en 1644 de la Compagnie du Nord pour la pêche des baleines. Le surintendant obtint pour elle l'exclusivité d'approvisionnement en huile du marché français, dont dépendait l'éclairage de la capitale. Ces projets avortèrent et la compagnie se contenta d'acheter aux Hollandais apaisés sur le plan de la concurrence de l'huile de baleine qu'elle revendait (le double) sur le marché parisien. Paris fut donc éclairé plusieurs décennies avec de l'huile de cétacés.

Faute de disposer de baleine, j'aurais pu garnir ce crasset en laiton massif d'huile de foie de morue, j'ai mis tout simplement de l'huile de paraffine.
En revanche, c'est une huile alimentaire que brûle cette petite veilleuse A la gare Jeunet. Il s'agit de veilleuses de sanctuaire, dont la forme demeure inchangée depuis leur création en 1838. Une petite mèche est encastrée dans un flotteur sur une nappe d'huile au choix, et peut durer vingt-quatre heures. C'est très mignon.
Le XIXe siècle vit l'aboutissement des longues recherches de systèmes permettant d'assurer une plus grande luminosité des lampes à huile. Il y eut la double alimentation en air inventée par Ami Argand, ainsi que les dispositifs donnant à l'huile imbibant la mèche un niveau constant. On va citer les quinquets, puis les lampes à pompe commandée par un mouvement d'horlogerie – les Carcel – pour arriver enfin au dernier perfectionnement de ces luminaires, les lampes à modérateur, dotées du triple avantage de l'alimentation multiple en air (double courant d'air, à la fois par l'intérieur et par l'extérieur d'une mèche tubulaire), du niveau constant de l'huile et enfin d'une assez grande simplicité de construction.

Dans le modèle le plus répandu, un ressort à boudin remonté par une crémaillère actionnée par une clé pousse vers le bas un piston muni d'une garniture de cuir, qui refoule par un canal vertical télescopique l'huile vers le réservoir secondaire dans le bec où est immergée la mèche tubulaire. Afin de régulariser l'effet de ce ressort (plus de force quand il est comprimé, moins de force quand il est débandé), une aiguille de section décroissante freine la montée d'huile. C'est cette aiguille, immobile entre les deux points fixes que sont le bec, en haut, et le fond, en bas, qu'on appelle modérateur.

Après le brevet Franchot de 1836, ces lampes firent l'objet de plusieurs améliorations et furent fabriquées au cours des quatre-vingts ans suivants, et utilisées pendant longtemps encore. Comme pour tous les autres luminaires, selon le budget de l'acheteur le mécanisme proprement dit était logé dans un corps plus ou moins riche et précieux, ou tout simplement dans une boîte de fer-blanc peinte.

J'ai trouvé en brocante, pour des prix modiques, ces deux lampes à modérateur intactes mais défraîchies, et bien sûr bloquées par l'huile rancie et épaissie, et l'envie m'a pris de tenter de les remettre en état. La première est une Thibault, la seconde une E.P., sans plus de précisions sur le développement de ces initiales, et les deux remontent aux deux décennies entourant 1870. Il s'agit de luminaires très modestes, la Thibault à mèche de 11 lignes coûtait par exemple 4,50 francs en 1880.

Les pièces manquantes (galerie, cheminée, mèche...) ont été trouvées soit auprès d'Ara Kebapcioglu, soit sur ses conseils.
Ci-après, modérateur de marque Thibault..
Ci-dessous, modérateur de marque E.P.
Alors que sur la lampe Thibault la garniture du piston était encore assez souple pour être utilisable, sur ce deuxième modérateur elle était effroyablement racornie, dure et même crevassée. Il était indispensable de la refaire, à partir d'une chute de cuir épaisse de 1,5 à 2 mm achetée dans une boutique en ligne. D'abord plongée quelques minutes dans de l'eau à 80 °C, elle a ensuite été formée en la serrant à force entre la bouteille – moule idéal puisque c'est le logement où elle devra coulisser – et une forme spécialement ajustée de façon à faire disparaître les plis de la pièce. Elle est retirée après séchage complet et montée sur le piston.
A présent, une revue de lampes à acétylène. Commençons par le commencement, et voyons ce qui se passe dans un calel à malbossab, où comme chacun sait l'attaque du carbure de calcium par l'eau produit ce gaz inflammable, à raison de quelque 300 litres par kilo. Pour visualiser la réaction, j'ai fabriqué sur proposition de Bernard Sebille cette lampe didactique transparente : un pot à vinaigrette en plastique, un pot de confitures et un ensemble pointeau/siège de banale Arras (la tige du pointeau étant un peu rallongée), un tube fileté porte-bec et du joint sanitaire. C'est un plaisir sans cesse renouvelé que d'assister à la décomposition du carbure et de voir le gaz se dégager. Vu la température des confitures qui sont versées dans le pot, il ne craint pas grand-chose du dégagement calorique de l'attaque. Il suffit d'ailleurs de mettre de tout petits morceaux de malbossab qui dégagent moins de chaleur.
A propos de ces luminaires, il faut se débarrasser de quelques idées sur leur danger. Parfois on lit sur des forums des interventions apocalyptiques de gens qui n'ont pas la moindre idée du fonctionnement de ces engins, et qui par exemple préconisent la fermeture par étrier et vis de pression au détriment des fermetures par vis entre le carburateur (la cuve du bas qui contient le carbure de calcium) et la cuve à eau, au-dessus. L'étrier se déformerait sous la pression !! Vu que la pression d'explosion de l'acétylène est de 2 bars environ, un étrier prévu pour se déformer à moins de 2 bars ne résisterait pas non plus à un serrage par un nourrisson anémique.

Quand il y a surpression du gaz, le bec bouché ou insuffisant n'assurant pas l'évacuation et dans l'hypothèse où le joint ne laisserait rien passer, il s'échappe tout simplement par le pointeau et par le trou de mise à l'air, à la sortie duquel il s'enflamme si le bec brûle encore. C'est en général suffisant pour faire fortement tomber la pression. On diminue l'ouverture du pointeau, sans le fermer tout à fait, et c'est tout.

Une lampe dangereuse serait celle où une très grande quantité d'eau inonderait en quelques secondes le carbure, comme lorsqu'on fabrique une bombe pour la « pêche au carbure ». Par exemple, si le fond n'existait plus, ou était de la dentelle de rouille, ou bien si l'ouverture du pointeau était très large. Elle produirait du gaz en telle quantité et si vite qu'aucune évacuation ne saurait compenser la montée de pression au-delà des 2 bars fatidiques. Mais il est difficile d'imaginer qu'on puisse utiliser une lampe sans en avoir examiné attentivement tous les composants et leur comportement en service. En particulier vitesse de chute d'eau ; intégrité du bec et absence d'obstruction du gicleur ; repérage de la position du pointeau pour le débit d'eau optimal et vérification qu'il ne risque pas de se dérégler à l'insu de l'utilisateur ; vérification de la présence du trou de mise à l'air ; enfin examen de l'intégrité du tuyau de gaz quand il passe à l'intérieur du réservoir d'eau, sa perforation étant parfois observée : quand l'acétylène aura chassé l'air du réservoir, il sortira par le trou de mise à l'air du bouchon et une jolie flamme inattendue avertira que quelque chose de pas catholique est en train de se passer. L'état du joint aussi est important, nécessitant souvent son remplacement (caoutchouc, cuir, filasse suifée...). Mais son mauvais état se traduit par l'inflammation de la fuite de gaz, c'est tout. C'est juste ennuyeux de transporter la lampe à ce moment, surtout avec des vêtements facilement combustibles. Un risque analogue est dû, sur les lampes à carburateur en tôle de laiton, à l'apparition de criques saisonnières qui perforent ou fissurent le réservoir (fuites d'eau) ou le carburateur (fuites de gaz) qu'il faut alors étanchéifier avec de la soudure ou de la résine. Mais si on ne s'en rend pas compte aux essais, c'est qu'il n'y a pas eu d'essai.

Quant aux modèles spéciaux à pression, conçus pour un usage spéléologique où elles doivent pouvoir fonctionner dans des positions proches de l'horizontale, elles nécessitent d'être dans un état parfait, particulièrement la soupape de surpression et son ressort taré. Ces luminaires sortant du cadre de la lampe courante, je n'en parlerai pas sauf pour attirer l'attention sur les contraintes d'entretien. Mais si quelqu'un tient à employer ce genre d'engin, c'est probablement qu'il sait parfaitement ce qu'il a entre les mains.


Deux dernières remarques : premièrement, les identifications de lampes sont parfois très difficiles, un modèle ayant très souvent été fabriqué par plusieurs constructeurs avec ou sans la bénédiction du légitime concepteur. L'absence de marquage ne signifie rien, des lampes ayant été livrées par le fabricant original sans marques. Secondement, les accessoires ne sont pas significatifs non plus : au cours de la longue vie de ces engins à une époque où, plutôt que jeter, l'on réparait, plus ou moins soigneusement, l'essentiel étant que ça fonctionne, les poignées et crochets ont pu être remplacés, les porte-becs modifiés, même parfois le réservoir d'eau changé pour un autre qui s'adaptait, peu importât sa provenance. Ce ne sont pas des bidouilles, juste des gueules cassées qu'on a un jour retapées. Elles portent les blessures d'une longue histoire de services obscurs (si je puis risquer cette image) et fidèles, et ne doivent pas être méprisées.


A présent, une petite visite guidée de quelques modèles, types, et marques...
Joseph Mercier puis les Enfants de J. Mercier sont à l'origine de la célébrissime lampe Etoile, déclinée depuis le premier brevet de 1904 en plusieurs modèles de divers matériaux : bronze et fonte, bronze et acier, alpax, alpax et acier. Le carburateur en alliage d'aluminium, qui aurait rendu la lampe totalement amagnétique pour peu que le fer du crochet fût changé pour un alliage cuivreux, est souvent remplacé par un carburateur en acier embouti.

La forme bien connue remonte à 1906. Cette lampe a été utilisée abondamment dans les mines de fer lorraines et les exploitations européennes, soit sous le nom de lampe Etoile, soit comme une des nombreuses copies, autorisées ou non.

Le surnom de lampe Simplon ne vient certainement pas de son emploi lors du creusement du premier tunnel du Simplon (achevé en 1905 alors que le premier modèle Mercier, peu diffusé, venait à peine d'être breveté), mais pourrait être dû à son utilisation quand la seconde galerie a été percée, entre 1912 et 1921. Outre son omniprésence dans les mines de fer lorraines, grâce à sa réputation de robustesse dans les ateliers souterrains et d'invincible masse d'armes dans les bagarres du samedi soir, elle a été largement répandue dans les chantiers des tunnels alpins.
La base restant la même, le modèle 1906 a été décliné (outre la variété des matériaux) dans diverses orientations du bec : central vertical, périphérique à 45 degrés, à 20 degrés, horizontal, horizontal à poignée bois, les brûleurs en position périphérique pouvant être équipés de réflecteurs ou de larges paraboles en cuivre nickelé ou en acier inoxydable. Enfin, moyennant la soudure d'un crochet permettant de la fixer à la ceinture, cette lampe a été proposée en tant que générateur pour un éclairage au casque. Le porte-bec est alors remplacé par une olive où vient s'ajuster le tuyau qui se raccorde au bec sur le casque.
Mercier a fourni également des lampes au négociant Robert Aebi, de Zürich. Elles sont identiques aux lampes Mercier, à ceci près, outre la marque Aebi estampée sur le réservoir, que les pas de vis sont incompatibles : pas de 4 mm sur les Mercier, de 2,5 mm sur les Mercier/Aebi : le carburateur de l'une ne s'adapte pas sur l'autre.
Karl Heupel a consacré des pages très intéressantes aux copies des Mercier. Parmi elles, les lampes Eclair, dont l'apparence est voisine des Mercier mais le pas de vis totalement incompatible, la fonction mâle/femelle étant inversée par rapport aux Mercier. Cette différence par rapport aux Mercier de Nancy était d'ailleurs partagée avec d'autres marques alpines comme Breda, La Mine ou Clérin. Ici, je montre une Eclair très inhabituelle à cause de son large carburateur en tôle de laiton que sa fragilité rend impropre aux usages miniers, mais qui est manifestement conçu pour s'adapter aux caractéristiques bien particulières du pas de vis Eclair, par exemple une lampe d'atelier avec sans doute sur le modèle original un réservoir d'eau plus léger. Cela dit, l'ensemble est un hybride (les gens méchants disent une bidouille), car pourquoi munir d'un crochet de type minier une lampe qui est plus à sa place sur une table ?
Dans les années 40, mais sans plus de précision, les Enfants de J. Mercier ont fabriqué une lampe entièrement en alliage d'aluminium, la SETA (nous nous interrogeons toujours sur le sens de cette dénomination, peut-être une société de matériel électrique), suivie un peu plus tard par le modèle en bakélite, assez peu courant. Enfin, après la guerre, il y eut un dernier modèle tout acier à fermeture par rampes.
Au sujet de l'histoire de la famille Mercier et de la genèse de leurs lampes, il faut consulter avec profit les pages beaucoup plus exhaustives de Bernard Sebille, en français, et, en allemand, celles de Karl Heupel (en l'occurrence, choisir Mercier Lampen).
Avant de quitter la lignée des lampes Etoile et de leurs collatérales, un détour vers cette lampe tout en fer, dépourvue d'identification, bien qu'un modèle exactement similaire figure dans une collection française, mais lui avec une marque venue de fonderie. Le serrage excessif des deux réservoirs, surtout quand on a soin de proscrire toute molécule de graisse sur le pas de vis et d'en favoriser avec bienveillance l'oxydation, défie quiconque d'ouvrir la lampe. Comme un début d'enfoncement avait affaibli le métal du réservoir d'eau, la seule solution pour en faire un objet intéressant a été de la découper de façon didactique.

La coupe permet de voir le pas de vis, plus long que sur les Mercier Etoile, et l'agencement des ouvertures par où passe l'armature du noyau de coulée. Ces ouvertures supérieure et inférieure sont larges, et ensuite obturées par le tube de gaz, qui fait office non seulement de porte-bec mais aussi de charnière pour le clapet de remplissage d'eau. Il est introduit par le haut, maintenu en position par sa collerette et soudé ensuite sur le fond du réservoir.

Ci-dessous à gauche, en haut à droite, le décalque de la marque venue de fonderie sur une lampe similaire. On lit « SGE ». Mais quel est le développement de ce sigle ? Mystère...
La marque française incontournable est sans conteste Arras, marque de la Société anonyme d'éclairage et d'applications électriques fondée en 1898, autant en lampes de sûreté à huile puis à essence qu'en éclairages à acétylène et enfin électriques. Dans les lignes consacrées plus loin aux lampes à flamme protégée, on verra les modèles AS et AT (dits de Carmaux) et KP, mais dès maintenant les lampes à main à flamme nue. Les modèles les plus répandus sont les types 1 à 5, dont ci-dessous à gauche un exemplaire avec réflecteur à fixation artisanale et bec Petzl, et à la ligne suivante deux modèles 15 à vis centrale.

La lampe de gauche a été utilisée au début des années 50 dans la champignonnière de Villaines-la-Carelle. A droite, la lampe de taille inférieure et de proportions différentes (hauteur de 20 cm anneau compris au lieu de 22 pour le grand modèle) a appartenu au spéléologue Christian Landais, bénéficiant d'une certaine notoriété dans les années 60 à 80. Il l'avait équipée d'un tuyau relié au photophore sur le casque, et la portait en bandoulière au moyen d'une corde passée dans l'anneau, ce qui explique l'absence du crochet en fer. Ces lampes aux formes fluides, dépourvues d'un étrier anguleux susceptible de s'accrocher là où il ne le fallait pas, étaient assez appréciées des spéléos. L'exemplaire présent a été retransformé en lampe à main, toutefois encore démunie de sa poignée.
On rencontre aussi, encore qu'un peu moins fréquemment, le type 7 à base octogonale décliné en plusieurs variantes selon l'inclinaison du bec, la présence d'une poignée ou d'un réflecteur, etc., ou même l'utilisation en générateur seul pour lampe frontale (une plaque soudée sur le carburateur le tenait éloigné de la hanche).
Mais Arras ne se contenta pas de diffuser sa production. Il vendit aussi, soit en tant que distributeur, soit en les fabriquant lui-même, de nombreux modèles étrangers : Hubert Joris, Friemann + Wolf, Scharlach, Buchholz & Ettinger... Précisément, la lampe ci-dessous est un clone d'une lampe Record à fermeture par rampes de ce dernier fabricant, baptisée chez Arras le modèle 18. Rien n'y manque, à part le logo ligaturé Buchholz & Ettinger.
Vouée avant la guerre à la fabrication d'ailettes pour projectiles de mortier Brandt de 81 mm, la SCAGM, Société centrale d'armement GM sise à Courpière s'est convertie à la fin de la décennie 40 à l'emboutissage d'appareils ménagers divers, comme le prouvait le nouveau développement de son sigle, Société de construction d'appareils généraux et ménagers. (Je me demande ce qu'est un « appareil général ».)
Parmi ces appareils généraux sont nés quelques modèles de lampes à acétylène, dont les deux photographiés ci-dessus. Le plus petit des deux (à droite) est extrêmement classique, le plus grand a deux particularités : d'abord la fermeture se fait par un étrier dont la vis est sous la lampe, ce qui n'est pas follement pratique. Ensuite, encore plus inhabituel, il n'a aucun joint plastique : l'étanchéité entre la cuve d'eau et le carburateur est assurée par un emboîtement précis de deux pièces tronconiques. Elles sont usinées dans un acier assez épais, pas susceptible de se déformer facilement, mais si par hasard la jonction subit un choc de quelque importance il n'y aura aucun moyen simple de refaire l'étanchéité.

Les bouchons d'eau sont en bakélite.
Au début du XXe siècle Charles Ferron représentait diverses marques dont il distribuait les productions. Assez vite il se mit à fabriquer ses propres modèles, dont celui-ci, en bronze et acier, inspiré comme d'innombrables autres du dessin de la lampe tronconique à vis. Le porte-bec n'est absolument pas d'origine, car il est normalement droit, aussi le crochet initial était muni du disque de protection des mains.
Ce modèle porte encore les deux noms Ch. Ferron et La Française. Mais au début des années 20 seul subsista le nom de La Française (ci-dessous). Il s'agit de modèles plus classiques à fermeture par étrier sur tourillons. En revanche ils étaient décorés d'un joli médaillon et la tête foliacée de leur vis de fermeture est emblématique.
Fondés en 1850, Les ateliers J. Lorton se trouvaient à Bordeaux, et au siècle dernier, outre des instruments d'hydrothérapie, fabriquaient des luminaires à acétylène, aussi bien de table que portatifs. Ci-après, le modèle 52 à étrier, sans particularité notable. Néanmoins, cet exemplaire revient de loin : le tuyau de gaz, perforé pour une obscure raison par un instrument pointu, laissait l'acétylène se dégager à gros bouillons dans le réservoir d'eau. Il a fallu le remplacer. Quant à l'étrier, il doit sa forme curieusement convexe, et qui n'est nullement celle d'origine, à la vigueur musculaire d'un précédent utilisateur. La vis de pression, d'ailleurs, a peu de chances d'être celle prévue initialement.
D'abord dénommés Applications Industrielles de l'Acétylène, les établissements Albert Butin, rue des Martyrs, à Paris, ont été parmi les plus prolifiques des deux premiers tiers du XXe siècle, avec Mercier et Arras. On les connaît beaucoup par leurs lampes ferroviaires (voir plus loin), mais les lampes dites individuelles ont rempli une bonne partie de leurs catalogues, ainsi que des lampes d'atelier ou des générateurs. Les appareils de cette marque sont reconnaissables à leur tête de pointeau, en forme de croisillon de robinet à deux branches, au porte-bec supporté par une boule (« rotule » disent les catalogues) sur les modèles où il apparaît, ainsi qu'au dessin spécial du capuchon de protection du bec (quand il est encore en place).

Ci-dessous, deux lampes à fermeture très classique par étrier sur tourillons et vis de pression : à gauche une A141 n° 3, c'est-à-dire le plus petit modèle de la série (22 cm), référencé également n° 33 dans les catalogues des années 50 (à peu près au moment de la fusion avec Gillet pour donner Butin-Gillet). A droite une A142 n° 3, le plus grand de la série (28 cm), avec joint protégé. Par-ci, par-là de minimes variantes apparaissent. Ainsi le bouchon d'eau de la 141 est à emboîtement, alors que celui de la 142 est fileté...
D'autres types de fermeture ont existé chez Butin, comme ce modèle A916 où l'étrier est assujetti non pas à des tourillons mais à un cercle enserrant la base du carburateur. Ici il s'agit d'une exécution à poignée bois (lampe de ronde ou d'inspection, en principe toujours tenue à la main au contraire des modèles que le crochet mobile permettait de suspendre à peu près partout soit en carrière soit en atelier ou sur un chantier).
En plus des abondants modèles de lampes ferroviaires à cage, Butin a aussi adapté des lampes à feu nu à un emploi de chemin de fer, comme ici ce modèle Est 26 dérivé d'une lampe portative transformée en lanterne d'abri de locomotive par adjonction de supports d'accrochage et d'un pointeau sur secteur denté évitant le déréglage. La flamme était protégée par une cage vitrée disparue, remplacée par un réflecteur transformant à nouveau la lanterne en lampe portative.
Les variantes du modèle ci-contre, à fermeture par vis, sont nombreuses : avec deux ou trois formes de poignée, avec ou sans anse, avec ou sans crochet, avec ou sans pointeau cranté... Les catalogues Butin les désignent lampe de graisseur, de fondeur, d'atelier, type PTT... Ici il s'agit d'une variation du type PTT modèle F avec un prolongateur de bec. L'usage est indéterminé, mais c'est une lampe d'ouvrier : elle devait approcher le plus possible la lumière de la pièce à examiner, à graisser ou à réparer. Beaucoup de ces petits appareils ont été utilisés par les compagnies ferroviaires puis par la SNCF.
Il existe quelques exemplaires de cette curieuse Lumina entièrement en aluminium, et pour laquelle le manque de documentation frise epsilonn. Qui était le fabricant, où se tenait-il, quand a-t-elle été fabriquée, y a-t-il un brevet ? Mystère... On ne connaît que ce modèle, où la fermeture se fait par un excentrique genre bouteille de bière, la charnière étant constituée par des ouvertures dans la poignée en acier.
Les établissements Desautel de Lyon, toujours existants, étaient déjà spécialisés dans le matériel de sécurité, particulièrement à l'usage des pompiers, et à partir de 1941 diffusèrent ce modèle Aquilon des éts Pernin & Lardière (indication du fabricant dû à la courtoisie de Jean-Luc Faure) entièrement en alliage d'aluminium, y compris l'étrier et l'anse, ce qui n'est pas une bonne idée compte tenu des incidents de remplissage possibles pendant la coulée aboutissant à des fragilités dangereuses, comme le bris de l'étrier. Précisément pour simplifier la coulée et éviter le recours aux noyaux, comme dans les réservoirs d'eau des Mercier, sur l'Aquilon ce réservoir est en deux parties, une coque et un fond nervuré, assujettis par un tube fileté servant aussi de tube de gaz et serrés entre eux par l'intermédiaire d'un joint.
Sur cette petite lampe domestique, si le réservoir est en aluminium moulé, pas très épais, le carburateur est en tôle d'aluminium emboutie. Le classique étrier en fer qui assure la fermeture est fixé, non pas sur la lampe, mais sur un cerclage métallique en dessous du plan de joint. Faute de signe caractéristique, l'identification est impossible jusqu'à nouvel ordre. En tout cas, vu la légéreté des matériaux, il ne s'agit absolument pas d'une lampe de mine ou de carrière.
Pierre Jacques, de Lyon, a construit plusieurs modèles de lampes d'atelier, à main ou à monter sur des autos, généralement munis d'un pointeau à commande horizontale. Un certain nombre a eu un usage ferroviaire, mais cette Perfect en tôle et en alliage léger, à verrouillage par écrous à oreilles, est une simple lampe à main.

Le tuyau horizontal conduisant l'eau depuis le siège du pointeau jusqu'au carburateur était complètement cisaillé par vrillage. Il a été dessoudé par dessous, le pointeau aussi, et un nouveau tuyau a été replacé et mis en forme. Après soudage, il a parfaitement effectué son rôle. Inconvénients du pointeau horizontal en position inférieure : primo, il doit être muni d'un presse-étoupe pour éviter les suintements. Secundo : son emplacement assez loin du fond du réservoir laisse l'eau y stagner. Avantage(s) : aucun à ma connaissance. On admettra toutefois qu'il est indéréglable, la pression du presse-étoupe étant telle qu'il s'oppose à toute rotation spontanée du pointeau.
L'ingénieur Alphonse Daveluy, à l'origine de plusieurs brevets sur l'éclairage et sur l'électricité en automobile, fonda à Pont-Saint-Pierre une petite fabrique de lampes de qualité variable, sous la marque ADA. Son catalogue de 1927 présente cette lampe à acétylène pour chantiers et usines dont l'étrier pivote autour d'un cerclage inférieur enserrant le carburateur. Le pointeau sur cet exemplaire a une tête de type Butin, alors qu'à l'origine elle semble un peu différente. Y avait-il une compatibilité voulue ? Il est possible aussi, vu la boule du porte-bec, un signe de fabrique chez Butin (alors que le porte-bec ADA est différent), que le réservoir d'eau tout entier provienne de la marque de la rue des Martyrs.

Alphonse Daveluy construisait aussi des réchauds à alcool, des lampes à huile, à bougie, à essence, à pétrole, comme ce modèle (ci-dessous à droite, évidemment) dit « type à cordon » muni d'un bec à disque de 14 lignes du genre Matador. Cette lampe, d'origine familiale, a éclairé dans les années 50 celles de nos soirées qui étaient obscurcies par des pannes d'électricité. La tôle de laiton, épaisse et de qualité, n'a pas bougé. D'un autre côté, il faut reconnaître que les réservoirs des lampes à pétrole n'ont pas les mêmes contraintes thermiques et hygrométriques que les carburateurs de lampes à acétylène.
Les lampes de champignonniste sont une variante des lampes d'atelier, petites et légères, munies d'un manche pour que l'ouvrier d'une part approche la flamme le plus possible des champignons afin de les choisir, d'autre part la tienne éloignée du panier qu'il portait du même bras, l'autre main cueillant les champignons.

Celle-ci a été trouvée dans une champignonnière de Saint-Ouen-l'Aumône. La facture et l'aspect des accessoires souvent distinctifs (bouchon d'eau, tête de pointeau), ne permettent pas de l'attribuer à tel ou tel fabricant. Adhuc sub judice lis est. A la suite d'un choc les plans de joint du réservoir et du carburateur ne sont plus parallèles. Suivant les préconisations des règlements militaires du début du siècle dernier en pareil cas, j'ai fait un joint d'une épaisse spirale de filasse suifée. C'est très satisfaisant.
Avant leur faillite en 1935, les établissements Beaudouin & Trilles, situés à Bordeaux avec une succursale parisienne, ont diffusé des lampes à main, de table, de boulanger, etc. très classiques sous la marque Lampe Idéale. Les lampes à main, fermées par un étrier à vis de pression, portaient sur le dôme du réservoir d'eau trois nervures de renfort embouties à 120 degrés. Ci-dessous, un modèle n° 32.
Dès le tout début du siècle dernier, Paul Besson, de Paris, fabriqua divers types de lampe à carbure, aussi bien de mine et de carrière que de table (qu'on verra dans la page sur les lampes de table), ainsi que des flambeaux de pompier et de nombreux accessoires (lyres, suspensions, adaptations à l'acétylène de lampes à pétrole, etc.).

Ayant quelques années après pris le nom d'un successeur, André Rebattet, c'est sous cette dénomination que furent commercialisées un grand nombre de lampes portatives, caractérisées par le fait que les angles de l'étrier de pression sont emboutis en forme de gradins. Selon les décennies, les étriers furent plus élaborés, les têtes de pointeau varièrent sensiblement de forme, les lampes furent peintes, mais la particularité de l'étrier en gradins subsista. Sur la rangée inférieure figure un modèle un peu plus récent, peint et dont l'étrier est renforcé. Il porte la plaque, sûrement apocryphe, d'un quincaillier parisien (qui existe encore de nos jours, mais pas au même endroit).

Dans un abri souterrain au nord-ouest de Soissons un grand tableau sculpté par un soldat du génie montre, outre divers symboles, une lampe qui ressemble d'assez près à une Rebattet à cause de ce que l'on croit deviner de cet étrier et de la fixation des tourillons (ci-dessous à droite). En revanche, le carburateur est ceinturé par le dessous et le joint est recouvert. Comme les catalogues Rebattet ne courent pas les rues, on ne peut conclure.
Allons un peu en Belgique. Là-bas, la marque principale, quasi emblématique dirions-nous, est Hubert Joris. Mais avant de porter son nom, les établissements qu'il avait fondés s'appelaient Fabrique liégeoise de lampes de sûreté dont la marque commerciale était FL. Ils ont produit par exemple cette lampe de mine de forme obus. Il diffusa alors un copieux catalogue de lampes, la grande majorité étant des modèles de sûreté à tamis destinés aux mines de charbon dont la Belgique était truffée, et qu'il commercialisa aussi un peu partout dans le monde, ainsi que des appareils Friemann + Wolf dont il était représentant, la Fabrique liégeoise étant même dans les faits une filiale de la marque allemande.
Après la guerre la Société anonyme d'éclairage des mines connue aussi sous l'acronyme SEMOI, constituée avec des capitaux de la SAEAE (Société anonyme d'éclairage et d'applications électriques), alias Arras, reprit les usines d'Hubert Joris à Loncin-lez-Liège, et y continua la fabrication de divers modèles plus ou moins copiés sur Joris (p. ex. le bougeoir à contact dont il sera question plus loin), dont cet intéressant luminaire entièrement en laiton, et donc amagnétique, orné d'une jolie plaque de constructeur.
Parallèlement, Hubert Joris reconstitua aussitôt ses propres usines sous son nom, toujours à Loncin, et y poursuivit ou entreprit la fabrication de divers modèles à huile, à essence, à pétrole, à acétylène et électriques.

En ce qui concerne les lampes à carbure, outre diverses lampes tempête ou à flamme protégée dont je parlerai un peu plus loin, et une curieuse lampe à contact, on peut citer dans les lampes à flamme nue que je possède la 718 et la 919 (ci-dessous). La 718 est très proche des Friemann + Wolf allemandes, dont elle est inspirée. En revanche, la 919 est une copie quasi conforme des lampes à main américaines comme ITP, Dewar ou Justrite (encore que la marque anglaise Premier ait fait au moins un modèle qui y ressemble comme deux gouttes d'eau) y compris l'allumeur à ferrocérium omniprésent sur les lampes de cette nationalité.
Puis, vers le début de la Seconde Guerre mondiale, la Société anonyme d'éclairage des mines créa une marque ou une sous-marque Nicoln, anagramme de Loncin-lez-Liège qui avait un petit air anglo-saxon probablement séduisant pour le chaland, et qui continua à produire, entre autres des lampes de signalisation routière et ferroviaires, jusqu'au milieu des années 70 (dont l'étonnante lampe à éclats, à pétrole : la Blitz brevet Brüninghaus de 1960, destinée à la signalisation des chantiers).

En tout cas, pendant la guerre, elle vendit ce modèle (ci-dessous) à fermeture par vis centrale et écrou papillon supérieur, doté d'une cheminée en verre qui se proclame fièrement de « fabrication belge », et qui est sans doute partie intégrante d'un appareil plus complet avec support, abat-jour et poignée. Néanmoins la fragilité de ces accessoires (cheminée en verre mince et légèreté de l'abat-jour) tendrait à exclure un usage militaire genre baroudeur.
Cet engin, d'une fabrication plutôt bonne, en acier pas spécialement corrodé, avait le malheur d'être affublé d'un pointeau en zamac. Quelles que soient les qualités de cet alliage, il est extrêmement susceptible à la pureté des composants et un de ses défauts est une sorte de lèpre qui le désagrège. Une Einheitslaterne 42 de ma collection a eu le même genre de souci. Il s'agissait dans les deux cas de fabrication de guerre, ce qui explique sans doute l'autodestruction des pièces. Il a donc fallu dessouder le siège, attaquer à l'acide chlorhydrique le restant de pointeau qui y était coincé, et en refaire un : mesures, tournage, rodage, essais d'écoulement, fabrication d'une tête, ressoudage du siège. Un travail assez important, irréalisable sans l'aide d'un tour.
Ci-dessous, à titre de comparaison avec la Joris 919, une Dewar étatsunienne, achetée à Mexico dans un tianguis. En examinant l'étonnante multiplicité des lampes de chapeau ou à main nord-américaines, il est difficile de comprendre l'originalité des brevets – tout aussi nombreux – qui en sont à la source... Les constantes sont l'allumeur au ferrocérium (très bonne idée), une faible durée d'éclairage, un goutte-à-goutte quart de tour. Bien sûr, quelques modèles se distinguent particulièrement. Les pages consacrées aux cap lamps américaines ne manquent pas pour le curieux.
L'Espagne, dont le nord est riche en mines diverses, charbon, métaux, etc., a fourni plusieurs modèles de nombreuses marques. La dernière à avoir fermé (en 1996) et, au moins en France, la plus connue, est Fisma (Industrias FISMA SL, à Erandio près Bilbao). La construction de lampes n'était semble-t-il qu'un département de cette importante entreprise biscaïenne, qui néanmoins arrosa le monde entier d'un modèle remontant à la veille de la Seconde Guerre mondiale, avec quelques variations et brevets additifs. Il s'agissait autant de lampes à main que de lampes à usage spéléologique, c'est-à-dire en remplaçant le bec par une olive recevant le tuyau vers la lampe au casque, en soudant un anneau de portage à la place de la poignée supprimée, en attachant le bouchon de réservoir et enfin en donnant au pointeau plus de résistance à la rotation spontanée. C'est à partir de ces modèles réservés à la spéléo que quelques inventeurs ingénieux ont réalisé des lampes à pression.
Sur l'exemplaire ci-contre de lampe à main dit « 200 grammes », brillante, propre et attrayante, le ramage ne valait pas le plumage, le fond du réservoir à eau étant très corrodé. J'ai dû obturer les trous et faire un joint de cuir. Il faut reconnaître que ces modèles sont assez fragiles, sujets à la corrosion et même à une désolidarisation du pas de vis d'avec le carburateur, accident qui arrivait parfois en spéléo où les conditions d'emploi ne sont pas particulièrement paisibles.
En Italie, deux marques sont très répandues. Ci-après, une Aquilas 7806 à gauche et, à droite, une Stella 6271. Cette Aquilas possède une fermeture par rampe à tétons apparents, et sur la Stella à fermeture par étrier la vis de pression ne traverse pas l'étrier mais agit comme un vérin entre lui et le réservoir d'eau.
Toujours en Italie, ce modèle militaire système Geretti sortant des établissements Ettore Diana. Il est en tôle d'acier, facilement corrodable, et très difficilement réparable à cause du dessin et des découpes compliqués. L'alimentation en eau se fait par un pointeau-robinet à quart de tour, comme plusieurs lampes de chapeau anglo-saxonnes. Datant probablement des années 30, il offre la particularité d'avoir un carburateur tubulaire, fermé latéralement par un couvercle vissant en alliage léger, qui contient le panier amovible recevant les morceaux de carbure.

A part ça c'est très mignon.
Les nombreuses mines de charbon roumaines ont forcément engendré divers types de lampes à acétylène, généralement inspirés de modèles allemands. Ci-après à gauche une IMSADU de 1970 (Intreprindera Mecanica Sadu, à Gorj), copie quasi conforme de la Friemann + Wolf Tauchlampe : le carburateur enveloppe le réservoir qui y plonge (d'où le surnom) et y est assujetti par un étrier à excentrique. Elle est encore frappée du nom de son ancien utilisateur, Bolesku.

A droite, plus classique mais toujours une copie d'allemande (à vis de pression cette fois), une lampe de 1959 marquée MSEPTEMBRIE.
Venant d'Europe centrale, deux belles lampes en laiton massif identifiées par le vendeur comme d'origine hongroise et, vu leur robustesse, d'usage vraisemblablement minier. A gauche, elle a une fermeture inférieure atypique, le panier de carbure muni d'un fond taraudé s'insérant et se vissant par dessous dans le corps de la lampe. Le nettoyage du panier est simplifié, mais pas la maintenance du siège du pointeau. Elle ressemble un peu aux lampes fabriquées par Scharlach (marque allemande) pour les mines autrichiennes de Wolfsegg-Trauenthal, à cette réserve que sur ces dernières on connaît surtout les fermetures à baïonnette. Sinon, que l'origine soit hongroise ou autrichienne n'est pas trop problématique, ce fut un même empire jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale.

A droite la fermeture est plus classique sur cette seconde lampe admise comme hongroise, de plus petite taille et là aussi entièrement en laiton coulé.
Sur les Scharlach destinées à Wolfsegg-Trauenthal le verrouillage inférieur du pot à carbure se fait souvent par une baïonnette. Ici, il est vissé. Simple variante chez Scharlach ou fabricant différent ?

Les dépôts verdâtres sont produits par du suif ayant un peu oxydé le laiton. En effet, le joint a été remplacé par un bourrage de filasse suifée.
La tête de pointeau de la lampe à vissage par dessous étant absente, il a fallu en refaire une, munie d'un ressort car freinée par un crantage.
La lampe ci-dessous, Alfa probablement type 60, provient des mines filoniennes de Minas Gerais, au Brésil. Très classique de facture, elle est comme beaucoup très fortement inspirée des lampes allemandes, mais se singularise par la forme du crochet, terminé par une longue branche rectiligne.
Ci-après, une australienne de Pinnacle. Ce genre de lampes de forme obus a été dupliqué en de nombreuses variantes européennes, y compris par Arras. On peut s'étonner de la présence dans une bourse française d'une lampe australienne et penser qu'il s'agit en l'espèce d'un de ces modèles européens, à cela près qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau aux engins répertoriés comme Pinnacle australiennes et que son poids n'a aucune commune mesure avec celui des clones européens quand il est mentionné par les catalogues : elle pèse, vide, près de 2 kilos. Je concède que le réflecteur n'est pas d'origine.
En remontant un peu en latitude, on rencontre ce type de lampe japonaise à acétylène, au logo inidentifiable. Fuji semble être le dernier fabricant, en tout cas il vend encore des becs doubles neufs. Cet appareil à la sihouette très reconnaissable est en tôle d'acier galvanisée, assez mince, et comporte une fermeture par deux tirants et écrous papillons. Mais ce n'est pas la seule forme de lampes japonaises à carbure, mises à part évidemment les lampes à tamis système Wolf pour les atmosphères grisouteuses.
En Suède, Primus a construit de nombreuses lampes et réchauds de tous types pour tous carburants. Ici, une 1021 de table, hélas privée de son globe dépoli de diamètre inférieur 69 mm. La fermeture à levier est inhabituelle mais, avec un joint en bon état, donne satisfaction. En revanche la faible épaisseur et peut-être la moindre qualité de la tôle de laiton l'ont abondamment pourvue de criques saisonnières qu'il a fallu obturer.
Au Luxembourg, dès le début du siècle dernier Buchholtz & Ettinger associés à Pierre Schiltz ont fabriqué pour les mineurs de fer plusieurs modèles de robustes lampes à fermeture par rampes, comme les Excelsior, Simplex, etc., allègrement copiées par Arras, p. ex. avec ses modèles 8 et 18. L'exemplaire ci-dessous à gauche, de type Record, dont le logo ligaturé figure sur la vignette inférieure, remonte aux années 30. Le joint de caoutchouc avait souffert, et était un peu sec, sinon pulvérulent... Un joint de cuir le remplace parfaitement.

A droite, c'est une lampe de type Simplex, conçue par le même fabricant, également à rampes, mais les tétons rivetés sur la coiffe du modèle Record (qu'on aperçoit sur la photo de gauche) sont ici remplacés par deux oreilles laissant voir les rampes. Normalement le bas du carburateur est cranté pour une meilleure préhension pendant le desserrage, aussi cet exemplaire, qui d'ailleurs ne comporte aucun marquage, est probablement une copie (au demeurant parfaitement légale, à destination d'un autre revendeur non fabricant).
La firme Schweisfurth est l'une des plus anciennes d'Allemagne. Elle a fabriqué des lampes à main, des lampes tempête et des lampes de table, comme celle-ci, à fermeture à vis centrale, que Karl Heupel a eu l'amabilité de m'identifier. Lourde, robuste (en acier étamé), cet exemplaire était quand même inutilisable à cause de l'obstruction de la fenêtre du siège du pointeau. Un bain d'acide citrique a eu raison de la rouille, un autre de vinaigre blanc a dissous le calcaire, mais les deux ont mis en évidence la corrosion perforante du fond du réservoir d'eau. Il a fallu le renforcer en bouchant les trous, puis roder le pointeau décapé et enfin fabriquer un bouchon d'eau fileté d'un pas assez exotique, 16 x 125..., et pour finir remplacer les joints, cela va sans dire...

La gorge fraisée en bas de l'écrou de pression pourrait avoir maintenu une bague supportant un abat-jour.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la firme allemande GICS (Gebrüder Iosef & Carl Schneider), aujourd'hui encore présente sur le marché, a bien sûr participé à l'effort de guerre. Comme elle était spécialisée dans l'éclairage, elle a fabriqué entre autres cette lampe à acétylène destinée au Reichsarbeitsdienst, dont plusieurs exemplaires ont été laissés en France lors de la retraite. La fermeture se fait par vis en dessous. La qualité de l'objet ne fait pas penser à une fabrication de guerre, mais probablement du milieu des années 30. Il n'y a pratiquement aucune source sur ces modèles, mais quelques particularités du dessin, comme la gorge en bas du réservoir d'eau pour recevoir un cerclage, leur font supposer divers accessoires, évidemment introuvables. En revanche un petit tube de bois assujetti par une chaînette à la tête de pointeau contenait des aiguilles de nettoyage des becs.
Au Royaume-Uni, une grande variété de lampes à carbure. Entre autres, ci-après une Cremer de 1915, de The Cremer Lamp & Eng(ineering) C° Ltd Leeds. Une patte avec un trou permet de l'accrocher au mur, et le pointeau est à quart de tour.
Chez Premier, une Crestella à fermeture par excentrique de la Premier Lamp & Engineering C° Ltd Leeds. La proximité de l'usine et de la dénomination avec Cremer n'est pas une coïncidence. Premier, fondée la même année que Cremer en 1913, s'y associa six ans après. L'écusson porte une petite chouette emblématique.
Ci-contre, il s'agit d'une lampe Premier de chapeau longtemps fabriquée sur le même modèle que les innombrables petites américaines au chapeau. Ce modèle tardif était muni d'une assise de plastique noir. Vendue plusieurs années au Vieux Campeur, celle-ci est d'ailleurs la dernière du stock de cette honorable boutique, achetée vers 1995.
Cette curieuse lampe Powell & Hanmer est un exemple de réutilisation de fortune d'un phare de moto anglais à acétylène. L'ensemble complet comprend un support et, de part et d'autre, le générateur ci-contre et un projecteur. Le serrage du carburateur se fait par un étrier inférieur bloqué par une vis en dessous à large tête moletée. Le projecteur a disparu et un précédent possesseur a transformé le générateur en lampe à main en remplaçant l'olive où était enfiché le tuyau par un support de bec assez kitsch, et en ajoutant une poignée en fil de fer juste tordu. Est-ce pour autant qu'un tel engin hétérodoxe doit être rejeté d'une collection ? Je ne le pense pas.
Une curiosité, que les lampes à acétylène JK Dey & Sons. Pas pour leur conception ni pour leurs performances, car elles sont extrêmement classiques, mais parce que cette entreprise de Calcutta est à ma connaissance l'un des derniers fabricants, sinon le dernier, de lampes à carbure. Il y a plusieurs modèles, dont certains en laiton et les autres, comme ceux-ci, en acier galvanisé, toutes à fermeture à vis. A gauche c'est un modèle à main, n° 104B, à droite une lampe au chapeau (cap lamp) comme les innombrables petites américaines.
La fabrication est correcte, bien que sur le modèle 104B l'écrou de fixation du réflecteur soit assez artisanal. En revanche, un bon point pour le tracé du réflecteur, qui procure à la fois un champ large et un faisceau central plus étroit et de plus longue portée. Le réglage du goutte-à-goutte est délicat mais, une fois fait, la distribution de l'eau est régulière.

Les becs sont à vis, de type américain.
Dédions un chapitre particulier aux lampes à acétylène automatiques. Leur particularité est de n'avoir ni pointeau au réglage parfois délicat, ni joint pouvant fuir. Ci-après quelques-unes sont exposées, toutes marques et provenance confondues.

Le principe de fonctionnement est simple : un panier contenant du carbure de calcium est juste plongé dans un réservoir d'eau, qui passant par des trous ou des interstices déborde par-dessus le panier, attaque le carbure et produit de l'acétylène. Une partie s'échappe par le tuyau de gaz et sort par le bec où elle brûle ; la part qui ne peut s'échapper, dont la pression augmente de plus en plus, appuie sur la surface libre de l'eau et la refoule en dessous du bord du panier, ce qui fait que, chassée du carburateur, elle n'attaque plus le carbure. Le gaz continuant de s'échapper par le bec, la pression redescend, un peu d'eau remonte et attaque le carbure, la production ainsi que la pression de gaz augmentent de nouveau et le cycle de régulation recommence.

Il y a donc une complète automaticité, on n'a plus à s'inquiéter du pointeau, le bec débite à sa valeur nominale, il ne charbonne plus (au moins pour cause de mauvais réglage), et enfin la masse d'eau enveloppant le carbure attaqué le refroidit, ce qui le met dans de bonnes conditions chimiques de décomposition.

En fait, malgré la simplicité théorique du fonctionnement, les premières lampes automatiques, qui se sont développées concomitamment aux lampes à pointeau, étaient assez compliquées, les concepteurs multipliant les sécurités en cas de surpression, comme s'ils mettaient en doute la théorie même qu'ils professaient. De plus, comme dans la configuration la plus simple elles avaient le désavantage de devoir produire du gaz jusqu'à épuisement soit du carbure soit de l'eau, ils ajoutaient ou bien un robinet interrompant l'arrivée d'eau (ce qui supposait un double réservoir d'eau), ou bien un robinet fermant le départ du gaz (pour maintenir la contrepression). Ou bien carrément les deux.

Dans les années suivantes on a supprimé tous ces robinets, pointeaux, tuyaux et contre-tuyaux pour en arriver à une enveloppe, une cloche et un panier. Un point c'est tout.


L'une des plus anciennes est cette Friemann + Wolf (Friwo) 1904. Ce remarquable appareil d'éclairage aurait été essayé dans des mines de fer lorraines, allemandes à l'époque comme chacun sait, et a donné naissance à quelques rares lampes à flamme protégée construites sur le même principe.
Préludant à la constitution simplifiée des lampes automatiques postérieures, celle-ci comporte quand même un réservoir d'eau supérieur. Mais ce réservoir communique par de nombreuses perforations périphériques avec l'espace annulaire entre l'enveloppe inférieure et le carburateur interne. Il faut donc, après avoir déposé l'enveloppe en manœuvrant la fermeture à excentrique, désolidariser par dévissage le carburateur du réservoir d'eau, le remplir de carbure, le revisser (il y a un joint, ce qui est exceptionnel sur les lampes à contrepression), raccorder enveloppe extérieure et réservoir d'eau et les verrouiller par l'excentrique et enfin remplir celui-ci jusqu'à débordement, ce qui signifie que l'eau a envahi l'espace annulaire inférieur. Elle remonte dans le carburateur par un tube couvert à l'origine d'un manchon de toile dont on se passe d'ailleurs très bien pour un usage intermittent, attaque le carbure qui fournit du gaz, et le cycle de régulation devient le même que sur les autres lampes du même principe. Il est certain que, l'eau remontant par un tube central perforé au contact du carbure, la chaux de décomposition avait toutes les chances de colmater les trous, d'où l'intérêt de la chaussette de toile qu'il fallait nettoyer à chaque remplissage et remplacer souvent. Cette contrainte n'a pas favorisé l'adoption de la lampe, dont à part ça la construction est extrêmement soignée : carburateur tourné, usinage précis, soudures bien finies. Sur mon exemplaire, le réflecteur n'est pas d'origine.
Ci-dessus, la lampe désassemblée. De gauche à droite, le corps, recevant l'eau depuis le réservoir supérieur ; le panier carburateur où se fait l'attaque du carbure par l'eau remontant dans la cheminée inférieure centrale ; le couvre-carbure à ressort pour empêcher la chaux foisonnante de boucher la sortie de gaz, enfin le réservoir supérieur où se visse le carburateur, percé sur sa circonférence de communications de façon à remplir d'eau le corps de la lampe.

Ci-dessous, une Friwo 1904 éclairant le profil altier de ce joyeux luron de Séré de Rivières.
Ci-après, une autre curiosité que cette lampe qui à l'origine a été inventée par l'officier de santé André Ponzevera (né le 25 novembre 1860 à Bastia) pour rechercher nuitamment les blessés sur le champ de bataille. Le premier modèle, carrément introuvable et où la régulation d'eau se faisait par l'élévation, commandée par une ficelle, d'un tuyau d'eau en caoutchouc, remonte à 1904, le second, beaucoup plus répandu, à 1912. En fait cette année a vu apparaître deux brevets. Le modèle correspondant à celui de juillet est soit introuvable, soit jamais construit. Celui qui a été mis en construction, dont on a doté les magasins des services de santé, et qu'on trouve encore de nos jours, est le modèle du brevet délivré en décembre. Il se compose normalement du générateur (c'est lui qui est vendu généralement sous le nom de lampe Ponzevera) et du boîtier photophore amovible constitué d'une enceinte close comportant le réflecteur, le fumivore, un volet d'occultation avec verrou et contrepoids (pouvant soit occulter la lumière soit la dévier vers le sol) et une charnière permettant de basculer le boîtier pour dégager le brûleur. Le résultat aboutissait à un bazar lourd et encombrant qu'on empêchait d'éclairer pour ne pas être la cible des tireurs ennemis.
On s'est rapidement rendu compte que si on voulait absolument rechercher des blessés pendant la nuit une lanterne à bougie était bien suffisante, bien plus légère, et aisément occultable. Du coup, la majorité des encombrants photophores ont disparu, et ceux qu'on trouve aujourd'hui sont souvent en piteux état. En revanche, le générateur reste tout à fait utilisable, agrémenté ou non d'un réflecteur de fortune. Sur la photo ci-dessous prise en 1915 au Val-de-Grâce on voit dans le magasin du service de santé des armées les générateurs des lanternes Ponzevera mod. 1912 entreposés. Quant aux photophores, c'est peut-être les objets inidentifiables empilés à proximité. En effet l'article mentionne bien les « lanternes à éclipse ».

Parallèlement, un modèle plus gros de générateur relié à un ou des brûleurs disposés sur une suspension permettait d'éclairer une petite salle d'intervention sanitaire.
Poids mis à part, ce luminaire automatique est extrêmement agréable et fort puissant. La production de gaz s'adapte sans intervention ni réglage à tous les débits de bec, et la mise en œuvre est très rapide : on enlève la cloche, on déverrouille le panier, qu'on remplit raisonnablement de carbure et qu'on reverrouille sur la cloche, on remplit l'enveloppe d'eau et on plonge la cloche dans l'enveloppe. La production est immédiate.

L'exemplaire ici photographié dans une carrière souterraine de la vallée du Cher est équipé d'un réflecteur de fortune et d'un bec double Fuji de 28 litres. Pour éclairer, ça éclaire.
Ci-après, deux mignonnes petites lampes domestiques à contact. La première est une Hubert Joris en forme de bougeoir, selon un brevet de 1919. Un point intéressant est qu'elle est marquée « Hubert JORIS - Paris », ce qui correspond à l'époque où Hubert Joris s'était replié dans son établissement français, à Bagnolet, jusqu'en 1920. L'enveloppe en forme de bougeoir contient l'eau, la « bougie » centrale le panier de carbure. Quant au bec, c'est initialement un 3 litres. L'extinction par arrêt du dégagement de gaz est simple et astucieuse : en soulevant le bougeoir et en le tournant à 45 degrés de la position normale, on le pose sur le support au moyen des quatre barres rondes de laiton et on maintient ainsi le panier hors de l'eau.
La seconde, à droite, est un modèle plus récent des établissements Albert Butin, entièrement en aluminium, référencé EAB 81. Il remonte probablement à la Seconde Guerre mondiale et était adapté aux situations de pénurie en carbure de calcium (débit du bec : 3,5 litres, les 30 grammes de carbure assurant environ une heure et demie d'éclairage). La lampe était livrée soit nue, soit avec divers types de globe protégeant la flamme. On l'appelle aussi parfois lampe de restriction.
Ci-après, une curieuse lampe de vélo à contrepression, le modèle Idol des établissements Brimbal Aîné à Châteauroux. Le réflecteur ne possède pas de verre, mais au vu des essais la flamme résiste plutôt bien à un vent même déjà frais. Il s'agit d'un modèle entre plusieurs, sa constitution organique ayant inspiré divers constructeurs qui commercialisaient aussi leurs productions similaires sous le nom de lampes de chasse.
Le panier à carbure de l'exemplaire présenté était pratiquement collé à la cloche. Il a fallu l'extraire de façon destructive, puis le remplacer par une mini-canette de soda recouverte d'un clinquant de cuivre pour en augmenter le diamètre de façon à assurer le maintien dans la cloche par frottement doux. En effet, au contraire des autres lampes à contrepression où le panier est assujetti à la cloche par des tétons se verrouillant dans des encoches, sur l'Idol il y est enfoncé légèrement à force.
Ci-dessous : offert par M. Ara, cet engin, où la recherche d'élégance et les ornement décoratifs sont totalement négligés, est probablement une lampe d'atelier, l'emplacement élevé du bec confortant cette hypothèse. Elle n'a pas de marque connue, hormis, sur le corps intérieur, le sigle ISA. Le conduit de communication entre l'eau contenue dans l'enveloppe et le carbure contenu dans la cuve a une section étonnamment grande, mais la pression de gaz est de toute façon suffisante pour la refouler et il n'est point besoin d'une section laminaire.
Le souci d'abriter la source lumineuse des intempéries et des courants d'air est aussi ancien que la technologie le permettait, particulièrement la mise en œuvre de matières transparentes. Encore dans le courant du siècle dernier, un verre brisé sur une lampe de carrière, en l'occurrence une barissabe de pseuge de l'est parisien, était parfois remplacé sur les lieux mêmes par une feuille d'une macle de gypse fer de lance récoltée dans les marnes au-dessus de la deuxième masse.

Les cages ont hébergé des chandelles, des bougies, des lampes à huile, à pétrole, à acétylène. et se sont répandues dans les transports de toute sorte, les maisons, les armées, les institutions.

On constate une grande variété de fixation de la lampe dans la cage : elle est parfois suspendue à la cage ou à une porte, parfois elle coulisse sur une glissière horizontale ou verticale, la flamme peut être réglée ou non de l'extérieur. Sur certains modèles, militaires en particulier, la source de lumière est interchangeable : bougie, pétrole, acétylène. Enfin, dans des desseins de signalisation, des écrans lumineux modifient la couleur de la lumière, certains écrans opaques, même, transformant l'engin en lanterne sourde.

Ci-dessous une lanterne à pétrole de la compagnie de l'Etat, attachée à la gare de Puteaux. La cage vient des établissements Albert Butin, le réservoir des ateliers Baysselance & Munié, ferblanterie industrielle, et le brûleur de chez Ouvrard. On doit ouvrir la cage pour régler la mèche.
Les transports ferroviaires, de quelque pays qu'ils fussent, ont donné naissance à des types de lampes à main bien spécifiques et plus volumineux destinés à la signalisation manuelle, parfois extrêmement complexes. En effet une seule lampe devait pouvoir, dans des mains expertes, donner le départ, imposer l'arrêt ou le ralentissement, sans compter leur emploi trivial de montrer à l'agent où il marchait. Elles possédaient donc des écrans pivotants bleus, rouges, verts, orange selon les règlements et les époques, qu'on rabattait sur la vitre avant.

Le résultat est une variété innombrable de lanternes, habituellement belles et bien faites, parfois compliquées mais toujours séduisantes. Chaque compagnie avait ses propres dessins, qui en France furent unifiés après la création de la SNCF en 1938. Je recommande la lecture de l'article signé Daniel Juge et Dominique Paris dans Historail n° 15, ainsi que la consultation de divers sites comme celui, en espagnol, de Juan Manuel Lopez Vallina.
Commençons par cette lanterne ferroviaire allemande à acétylène d'un type normalisé très répandu destiné aux chemins de fer prussiens et fabriqué par la majorité des constructeurs de lampes, qui a perduré jusqu'aux années 50. Celle-ci ne porte pas de marque apparente mais au dos, précisément, on lit KED Cöln, KED signifiant Königliche Eisenbahndirektion (direction royale des chemins de fer) ; quant à l'orthographe Cöln au lieu de Köln, elle a été abandonnée en janvier 1919 par le gouvernement provincial de Westphalie, puis par la Prusse et le reste de l'Allemagne en avril de la même année. Donc cette Eisenbahnlaterne prussienne est datable entre 1912 (adoption du dessin normalisé) et 1918.

Elle possède ses deux verres latéraux, celui de couleur verte étant occultable par un volet (ici ouvert), et le luminaire s'introduit par la porte arrière où il s'accroche.
Dans la famille des lanternes ferroviaires, cette Epervier & Gillet française, en fer-blanc, où là aussi le générateur s'accroche à la porte arrière. Les verres, qui sont teintés des couleurs réglementaires, sont interchangeables par coulissement mais il n'y a pas d'écran coloré supplémentaire sur charnières.
Ci-après, plusieurs lanternes françaises de signalisation manuelle de l'époque SNCF, donc postérieures à fin 1937. D'abord deux lanternes à acétylène Butin dites d'exploitation, modèle 250 à gauche et type unifié à droite. Derrière elle on aperçoit un grille-pain, dont la particularité, outre qu'il fonctionne (fort bien) en 110 volts, est qu'il est dû à la société Elaul, célèbre en lychnologie pour avoir fabriqué des lampes de mine à batterie de flatteuse réputation.
Ci-dessus, à gauche une grosse lanterne à carbure type 1300M du catalogue Butin à quatre fenêtres, chacune ayant bien évidemment son écran coloré et amovible... La compagnie du Nord affectionnait particulièrement ce genre d'engin. Comme le réservoir d'eau ne devait obstruer aucune des fenêtres, il était placé au-dessus et un tuyau contenant le pointeau conduisait le liquide vers le siège du goutte-à-goutte et de là vers le carburateur. Mais en plus ce réservoir devait ménager un vide central pour laisser échapper les produits brûlants de la combustion... Bref, un beau travail de ferblanterie.

A droite, c'est une simple lanterne d'exploitation SNCF, qui a la rare particularité d'avoir une poignée transversale et non longitudinale. Cette orientation était spécifique au Sud-Ouest (P.O) et possiblement après l'unification de 1938 cette singularité aurait été conservée quelques années sur quelques exemplaires.


Un bel exemple de travail soigné est donné par les lanternes d'abri, dites aussi de mécanicien ou de niveau : installées dans l'abri de la locomotive à vapeur, elles éclairaient les commandes et particulièrement le niveau d'eau de la chaudière. Ci-dessous, une Poyard à acétylène de l'époque SNCF. Une douille arrière permet son accrochage sur la paroi de l'abri, mais aussi en cas de nécessité sa fixation comme feu arrière du tender ou du convoi. On verrouille alors un écran rouge sur la face principale. Il n'y a pas de carburateur démontable, mais un couvercle vissant latéral dégageant l'orifice de remplissage du carbure. Le nettoyage devait être fait soigneusement et dès le déchaulage pour éviter absolument la prise en masse de la chaux dans un espace aux recoins difficilement accessibles.
Dans les années 50 et 60, soucieuse de profiter des bienfaits de l'électricité et de ses avantages au point de vue nettoyage et approvisionnement, la SNCF commença une électrification de ses éclairages à main. Dans un premier temps, parallèlement aux commandes de luminaires dessinés sur mesure, au lieu de jeter les lampes à cage existantes, ses ateliers les transformèrent pour piles et ampoules, telle cette ancienne Butin électrifiée :
Les vitres latérales ont été obturées par le logement de la pile 6 volts prenant la place du réservoir d'eau. Ces vitres ne servaient plus à rien, d'ailleurs, l'ampoule et son réflecteur n'éclairant que vers l'avant. L'écran rouge a bien sûr été maintenu. Cet exemplaire vient du dépôt de Frescaty (inscription frappée sur la porte arrière), et une autre plaque a ensuite été soudée : « Laurent - Nancy ».
Les sémaphores et signaux de voie, sur poteaux, étaient éclairés avant l'électrification par des lampes à flamme. Ainsi (ci-dessous), cette lanterne de sémaphore belge, fabriquée par Lempereur & Bernard, est munie d'un réservoir de pétrole de grande contenance alimenté par un petit orifice de remplissage visible à droite. La longue tige de la molette permet de régler la mèche depuis l'extérieur, sans l'ouvrir (opération cependant nécessaire pour l'allumage, en basculant tout le corps supérieur).
Les lanternes ferroviaires à flamme protégée originaires des Etats-Unis ont un style bien à elles. Ci-après, deux modèles à pétrole Dietz Vesta (type 39 et type lowtop) et sur la ligne suivante une Rayo 39 à pétrole et une Oxweld 2155 à acétylène sur un brevet remontant environ à 1927. Cette dernière, malgré son apparence massive, est seulement une lampe américaine de mine, avec les faibles capacités en carbure et en eau qui caractérisent les engins de ce type, montée sur un socle stabilisateur et dotée d'un réflecteur sous verre. Cette faible capacité s'explique par son utilisation, car elle était destinée aux inspecteurs et vérificateurs de matériel roulant, et pas à une signalisation de longue durée.
La marque britannique Premier, déjà rencontrée plus haut, fabriqua aussi des lampes à flamme protégée, en particulier pour les chemins de fer. Ci-dessous cette Crestella à fermeture par vis de pression était destinée aux chemins de fer sud-africains comme le fait savoir l'inscription SAR SAS, abrégé de la dénomination bilingue South african railways et Suid Afrikaanse Spoorweë.
Le dispositif consistant à colorer la lumière grâce à des écrans montés sur un pot tournant remonte aux premières années des lanternes à pétrole, et auparavant à bougie, et engendra un grand nombre de luminaires de ce type pratiquement dans tous les pays où il y avait un chemin de fer. Un modèle qu'on trouve assez souvent en Europe occidentale est cette lanterne anglaise, livrée par divers constructeurs. Ci-dessous à gauche une Eastgate & Son à trois couleurs de 1944, et à droite une belge Distrimétal, à Malines, de 1952, très proche, et toutes deux munies de brûleurs d'origine anglaise.

Trois ouvertures circulaires, dont deux sont garnies d'un écran de couleur (rouge et vert), sont pratiquées à 120 degrés à la périphérie d'un cylindre rotatif qu'un verrou peut maintenir dans la position choisie. Bien que d'origine ferroviaire, ces lanternes à pétrole ont été de fait utilisées pour baliser les trajets dans tous les types de transports (militaires, comme en font foi sur l'une le Broad arrow, la marque en forme de flèche ornant la plaque de constructeur, et sur l'autre le sigle ABL, Armée belge-belgisch Leger). Même si leur ressemblance est frappante, les cotes sont différentes, les usines de part et d'autre de la Manche n'utilisant pas de toute manière le même système de mesure, aussi à part le cache aucune pièce n'est interchangeable.

Si les verres de couleur sont cassés, rien de plus simple que de les remplacer par de la feuille acrylique mise en forme à chaud.
Ci-dessus : sur les deux lanternes s'adapte un cache encliquetable et évidé en forme de flèche – dont le cousinage avec le Broad arrow n'est sûrement pas fortuit – qu'on peut orienter sur 360 degrés. C'est bien la seule pièce s'adaptant aux lanternes des deux marques.

Ci-contre, une lanterne Distrimétal démontée.
Les militaires en campagne ont aussi été des utilisateurs de lampes à cage, comme ces célèbres modèles à acétylène de la Wehrmacht (ci-dessous) employés pendant la Seconde Guerre mondiale. A gauche l'Einheitslaterne 37 en bakélite, à droite l'Einheitslaterne 42 qui l'a remplacée, et qui est revenue à la fabrication métal. La couleur de la bakélite n'a pratiquement pas de variantes, en revanche le modèle 42 était normalement peint en jaune sable (code RAL 1002). Il semble que des exemplaires destinés à la Luftwaffe aient été peints en noir, comme la lampe ci-dessous.

Cet exemplaire, fabriqué par Metall und Spielwarenfabrik Christian Götz und Sohn à Fürth (code ltf) revient de loin : le siège du pointeau, en zamac, qui assure en même temps la liaison entre le réservoir et le carburateur, était cassé, et il a fallu en fabriquer un autre en laiton. Fabriquer signifie tourner, ajuster, tarauder, fileter et roder...
Ces deux lampes réglementaires, outre les accessoires comme les écrans d'oc­cultation qu'elles possèdent dans des compartiments, sont aussi accompagnées de boîtes avec des becs de rechange, des aiguilles de débouchage, des écrans, des verres supplémentaires, des boîtes de graisse, ainsi que des accessoires permet­tant de les transformer rapidement en lanternes à bougie (de deux types, soit allongées soit genre chauffe-plats). Ci-dessus les cages séparées de leur générateur d'acétylène, prêtes à recevoir les sources lumineuses à bougie, et ci-contre une boîte à accessoires pour la lanterne 37, hélas dépouillée des transformations pour bougies.

Ci-après, une Einheitslaterne 37 dans le tunnel du dépôt 1401 à Méry-sur-Oise, qui vers 1944 a dû en voir passer plusieurs...
Puisqu'on parle des lanternes militaires allemandes, mentionnons cette Kerzlaterne 37, à bougie comme son nom l'indique, en aluminium, à verres dépolis, et qui était utilisée en secours dans les casernements de la Luftwaffe. Le fond porte en effet, outre l'aigle de l'armée de l'air, l'inscription Fl. UV, acronyme de Flieger Unterkunft Verwaltung (administration pour l'hébergement des aviateurs). Une grande partie sortait de l'entreprise Arthur Hecker Werke.
A propos de lanternes à bougie, revenons à la France, en cette même époque, pour contempler cette superbe cage applique d'Albert Butin, utilisée dans les souterrains du métro en cas de panne d'électricité et sans doute aussi, même dans une variante un peu différente, dans ceux de la ligne Maginot.

Mais sans conteste la lanterne à bougie la plus célèbre dans le militaria français est la lanterne de campement de type Monjardet (celle qui est présentée ici n'a pas de marque). Conçue en 1904 pour un usage de camping, cette lanterne extrêmement pratique car pliante, souvent transportée dans un étui, légère (fer-blanc et verres en mica) a été recommandée par l'armée dès l'année suivante, puis copiée avec des petites variantes par de nombreux ferblantiers qui laissaient ou pas leur nom. Mais à l'origine c'est bien une lanterne civile, dont la fabrication persista loin dans l'entre-deux-guerres. (Documentation due à la courtoisie de Florian Garnier.)
Pour clore sur les lanternes à bougie, n'oublions pas ce curieux engin, jadis répandu dans les campagnes. Outre leur usage d'éclairer les pas de leur porteur, comme toute lanterne honnêtement constituée, les dessins lumineux des perforations de leur corps pouvaient, paraît-il, provoquer quelque effroi chez les renards ou les loups quand on les disposait autour d'enclos à protéger ou de poulaillers. On les appelait donc lanternes à loups, et elles apparaissent comme telles dans quelques musées de la vie campagnarde. Certains vendeurs les baptisent lanternes de procession. Une vraie lanterne de procession, celle qui est en tête, est autrement plus travaillée. Mais rien ne s'oppose à ce que les pèlerins brandissent des lanternes à loups, ça fait joli. Aujourd'hui, dans des processions nocturnes, il n'est pas interdit de se munir de torches chinoises à leds. Ce ne sont pas pour autant des torches de procession.

On n'en trouve plus tellement, du fait de leur fabrication assez bon marché elles résistaient mal aux chocs et à l'oxydation. Celle-ci comporte une douille permettant de l'engager sur une perche.
Parallèlement aux lampes à cage se rencontrent les lampes tempête, à huile, à pétrole ou à acétylène, dont la flamme est toujours protégée et qui, sauf installation d'un réflecteur, diffuse à 360 degrés.

Dans le cas des lampes à pétrole, elles sont généralement encadrées d'une armature supportant le fumivore, la poignée, parfois le verre suspendu et non plus posé. Les branches de cette armature sont creuses et l'air d'alimentation de la flamme y circule. C'est là que gît la différence entre les plus anciennes et les plus récentes : dans le premier cas (lampes à recirculation d'air, Mischluft, hot blast), une fraction des produits de combustion se mélange à l'air frais, ce qui le réchauffe ; dans le second cas (lampes à air frais, Frischluft, cold blast) la totalité des gaz brûlés est évacuée, la flamme n'étant plus alimentée que par de l'air frais, que le voisinage avec le globe réchauffe néanmoins quelque peu. Le rendement lumineux est meilleur.
La lampe Stübgen 2850, décorée d'une chauve-souris sur le globe et sur le réservoir, fait partie de la nombreuse troupe des marques et modèles à recirculation diffusés depuis bien avant 1900 jusqu'aux années 1940. Outre les dizaines de milliers d'habitations qui les employaient quatidiennement, elles illuminaient de leur lueur jaune abris souterrains et carrières pendant la Grande Guerre, comme celle qui est mise ci-dessous en situation dans une carrière souterraine près de Laon.
Chez Feuerhand la 276 Baby a été l'une des plus produites, et la seule encore en fabrication. Le modèle estampillé Superflam était destiné à l'exportation en France.
Grâce à son réservoir de 1,2 litre, la Feuerhand 276STK-70 répandue dans les années 1955-1980 éclairait pendant près de trois jours les travaux routiers qu'elle signalait. Une cuirasse appelée Sturmkappe, coiffant le haut de la lampe, offre une protection supplémentaire contre un vent un peu fort, selon le principe adopté sur plusieurs lampes de mine de sûreté. On la trouve en rouge ou en jaune, avec un verre de la même couleur – ou transparent, comme ici.
Après avoir déposé en 1921 un brevet de lampe tempête (à recirculation), Adrien et Louis Guillouard la mirent en fabrication mais leur activité essentielle était les appareils de cuisine ou de ménage (presse-purée, économiseurs, seaux, arrosoirs, hachoirs, etc.), avec toutefois en 1940 une parenthèse martiale puisqu'ils déposèrent un brevet de mine antipersonnel ou antichar selon la façon de l'armer (on est toujours dans les hachoirs à viande). Après la guerre, poursuivant jusqu'à aujourd'hui ses activités avec des hauts et des bas, la société Guillouard construisit deux modèles de lampes tempête à circulation d'air froid toujours en fabrication, Luciole et Marine, différenciées, en dehors de toute inscription, par la forme du réservoir et par la taille, le modèle Marine étant un peu plus grand que la Luciole, contrairement à ce que les photos infra peuvent laisser penser. La marque A.L. Guillouard est frappée sur le réservoir sous la forme des trois lettres ALG dans un cercle.

La Guillouard Marine a été utilisée en signalisation ferroviaire : munie d'un cache, elle servait à la protection d'urgence des passages à niveau. Grâce au cache, la lumière rouge n'est pas vue par les mécaniciens des trains mais reste visible des usagers de la route.
La Société industrielle de ferblanterie abrégée en SIF est une ancienne entreprise, fondée en 1888, qui aujourd'hui se consacre aux articles pour la pâtisserie. A l'époque elle fabriquait aussi des jouets en fer-blanc, puis en 1909 racheta sa concurrente Jouets de Paris et continua ses fabrications, les développa, s'agrandit, et devint la plus importante usine de jouets française sous le logo bien connu JEP.

Parallèlement la SIF poursuivait sous son nom la fabrication d'articles ménagers et de lampes tempête à pétrole. Dans l'entre-deux-guerres il y eut des modèles à recirculation d'air, sans originalité particulière, mais en 1949 la SIF déposa un brevet de lampe tempête où l'élévation du globe se faisait non par un levier pressant de bas en haut sur le plateau porte-globe (il est bien visible, à côté et en bas du globe, sur les photos des diverses lampes tempête ci-dessus), mais par le mouvement de la poignée de la lampe qui soulevait le globe par le haut. Le premier système un peu compliqué fut remplacé par un second, plus simple, décrit dans le brevet de 1950 et appliqué aux lampes de la marque Royalux.
Quand la poignée est verticale, elle sert à transporter la lampe. Quand elle se rabat d'elle-même du côté du bouchon de remplissage, rien ne se passe, le globe reste abaissé. Quand l'utilisateur exerce un effort pour la rabattre de l'autre côté, elle soulève le globe en l'agrippant par des feuillures qu'il porte en sa partie supérieure et la lampe est en position d'allumage. Ce dispositif allège le dessin, le rend fluide et dépouillé, et fait de cette lampe une des plus élégantes de sa catégorie. En plus, la régularité de sa flamme est exemplaire.
Une jolie petite lampe portative à pétrole et à mèche ronde des années 20, l'Astra Soleil, se caractérisait par une cheminée en trois parties : l'air venant de l'alimentation inférieure était accéléré par un verre tronconique qui se prolongeait par une cheminée cylindrique, de verre également, protégeant la flamme, surmontée d'une autre cheminée en tôle. Malgré le très bon tirage dont elle bénéficiait, le surnom de Soleil est un peu usurpé. Ce petit modèle n° 1 est plutôt une trotteuse, alors que la marque fabriquait aussi des vraies lampes de table. Pourtant, ce modèle portable a aussi existé en des tailles plus grandes, y compris pour être installé dans des fanaux de locomotive.
A la fin des années 50, la société belge Nicoln que nous avons déjà rencontrée, émanation de la SEMOI, fabriqua sous licence Rhewum (Rheinische Werkzeug und Maschinenfabrik) une lampe à pétrole à éclats selon le brevet de Paul Brüninghaus qui pendant des décennies signala pendant la nuit la majorité des chantiers routiers de l'Europe occidentale. Logée dans un boîtier étanche au vent et un peu à la pluie, une lampe à pétrole simple est munie d'un brûleur spécial : celles des vapeurs de pétrole apportées par la mèche qui ne brûlent pas se concentrent dans une chambre annulaire où elle se mêlent à un flux d'air. Quand périodiquement le mélange devient combustible, il s'enflamme sous la forme d'une petite boule de feu qui provoque l'éclat, à une fréquence qu'on peut plus ou moins ajuster en réglant la hauteur de la mèche. Cet exemplaire provient de la grande quincaillerie Ardor.
Quant aux lampes tempête à acétylène, la première sorte comporte des lampes à feu nu juste surmontées d'une cheminée, installée elle-même dans une cage cylindrique comme les lampes de mine à tamis. Mais ce ne sont pas des lampes à tamis. Elles n'en ont pas et sont utilisables exclusivement en atmosphère non explosive. Le rôle du globe étant de protéger la flamme des courants d'air trop violents, ce ne sont pas des lampes de sûreté : c'est sans hésiter que la flamme se transmet à un gaz combustible environnant la lampe.

Deux très beaux exemples de lampes à acétylène sont offerts par Arras, avec les lampes dites de Carmaux utilisées pendant près de cinquante ans dans les houillères de cette région, dont les veines étaient réputées exemptes de grisou. L'accident de 1965 était d'ailleurs apparemment dû à un coup de poussière, comme à Courrières en 1906.

La forme de ces lampes de mine, dont la création est ancienne (1912 en principe) et qu'on voit parfois apparaître sur des photos d'abris ou de sapes pendant la Première Guerre mondiale, est quasi mythique puisque la tour de l'ancienne école des mineurs à Blaye-les-Mines est en forme de lampe AT ou AS (AT en laiton, AS en acier. En béton, je ne connais pas la désignation). Un peu défoncé par les années de dur labeur, mon exemplaire AT (à gauche) est néanmoins complet. En vis-à-vis, une Arras AS en acier. A part le matériau de la cuve et du carburateur, pas de différences hormis quelques variantes de la tête du pointeau ou du bouchon de réservoir. En revanche il a existé des modèles soit plus petits, soit plus hauts avec une galerie recevant deux verres de lampe superposés (les verres provenaient en effet des stocks pour lampes de mine à tamis). Mais je n'en possède pas.
MM. Klein et Pujol, cadres aux égouts de Paris, dessinèrent divers appareils pour la maintenance dans les égouts tels que des lampes, des outils, des bateaux-vannes..., entre autres, au début des années 20, la fameuse lampe à acétylène pour égoutiers, portant évidemment leurs initiales, KP, qu'ils firent fabriquer par Arras. Comportant un verre et un tamis vertical (simple ou double, selon modèle) et un tamis discoïdal à l'entrée d'air inférieure, elle pouvait à ce que l'on affirmait être utilisée dans une atmosphère explosive ou au moins à risque pyrogène. Un procès-verbal du laboratoire de l'Ecole des mines nous apprend qu'elle n'a pas fait exploser un mélange de gaz d'éclairage et d'air animé d'une vitesse de 10 m/s.

De même, elle n'a pas transmis le feu à un courant d'air à 6 m/s contenant des vapeurs d'essence, ce qui a été noté par l'Automobile-Club de France. Cela dit, il faut bien rappeler que jamais, malgré les efforts désespérés des constructeurs pour faire homologuer leurs lampes à tamis par les services des mines, les lampes à acétylène même dites de sûreté n'ont été agréées dans les exploitations grisouteuses, à cause de la persistance du dégagement de gaz après extinction accidentelle, rendant extrêmement probable, au prochain rallumage, une mini-explosion projetant un plasma à haute température à travers le tamis, les lampes de mine étant généralement munies au XXe siècle d'un rallumeur. Evidemment, si l'extinction est due à l'épuisement du carbure, c'est autre chose et il ne sert à rien de la rallumer avant de l'avoir regarnie. Sur les lampes KP et similaires, équipées ou non de tamis, qui ne sont pas des lampes de sûreté, il n'y a pas de verrouillage, pas de rallumeur, mais habituellement pas de courants d'air tempestueux (comme dans les mines) dans leur environnement.

Pour revenir à la KP, elle est parfois munie d'un réflecteur accroché à deux des cinq barreaux de la galerie. Celle-ci, à un seul tamis, a un réflecteur, ce qui n'est pas du luxe vu le débit nominal assez faible du bec (7,5 litres).
Un second type de lampes tempête à acétylène est constitué d'un générateur à feu nu surmonté d'une armature vitrée ou d'un globe.

Ainsi Albert Butin, dans son catalogue de matériel d'éclairage de 1928, fait apparaître ce modèle de lanterne tempête où le générateur dit « type PTT modèle CC » est coiffé d'une cage vitrée à six pans. C'est encore un joli travail de ferblanterie, encore qu'assez fragile et sujet à se fausser si le manipulateur n'est pas suffisament soigneux. Histoire d'appâter le chaland, Butin l'a aussi inséré dans ses catalogues d'éclairages à usage ferroviaire. Les compagnies en ont peut-être acheté.

Cet exemplaire, un peu trop brillant pour être honnête, avait en fait le défaut de laisser échapper l'acétylène dans le réservoir d'eau à travers une corrosion perforante du tuyau. Le remède a été de le tuber intérieurement...
Chez Hubert Joris à Loncin-lez-Liège, les années 30 et 40 apportèrent des lanternes à globe, qu'il soit ventru ou cylindrique. La base de ces lampes à carbure est sensiblement la même, la seule variante étant le métal : le zamac a été employé pendant les années de restriction, et même le zinc pour former le support inférieur du globe. On trouve ainsi encore assez souvent (ci-dessous) ces lampes tempête assez peu pratiques et pour l'allumage et pour le remplissage et pour le réglage du débit, quand encore l'infâme zamac ne s'est pas désagrégé...
Au même moment, divers constructeurs en Allemagne fabriquaient des lampes tempête à acétylène pour un usage paramilitaire, comme cette Riemann fabriquée à Chemnitz destinée au RAD (Reichsarbeitsdienst) (ci-dessous à gauche). Sans doute les fabrications eurent-elles à souffrir au cours de la guerre de restrictions de matériaux de qualité, mais celle-ci est plutôt satisfaisante (le RAD a été créé en 1933, au moment où l'Allemagne disposait encore de bons métaux).

Ici, la lampe à acétylène classique, estampée RAD, est surmontée d'une armature de lampe tempête à pétrole à recirculation existante (tubes non fonctionnels, globe, chapeau, mécanisme de levage pour l'allumage). Le globe est de provenance Feuerhand, ce qui n'est pas étonnant, les deux usines de Chemnitz et de Beierfeld n'étant séparées que d'une quarantaine de kilomètres.
En revanche, ci-dessus à droite cette Fröhlich + Wolter (Frowo) 55 d'après-guerre est quasi identique au type 55 de la même marque à alimentation par air frais d'avant-guerre, à pétrole. Le réservoir de pétrole, muni d'un pas de vis inférieur, reçoit désormais l'eau et surmonte le carburateur tout en étant traversé par le pointeau et le tube de gaz aux lieu et place de la mèche. Les tubes de l'armature sont fonctionnels et conduisent une fraction d'air frais à la base de la flamme. Cette transformation a été faite dans les années 46 à 48 par Frowo, qui entre-temps s'était retrouvé dans la zone communiste. Le globe de cet exemplaire n'est hélas pas d'origine.
Une belle réalisation est cette imposante lampe tempête à acétylène de marque Idéale, fabriquée par Beaudouin & Trilles et vendue dans la décennie 1910 sous le numéro 46 du catalogue, que la légèreté de son matériau (clinquant de laiton sujet aux criques saisonnières) confine aux usages domestiques (« bateaux et écuries » dixit le catalogue). Au contraire des lampes ci-dessus où l'armature est soudée au réservoir d'eau, cette lanterne est constituée d'une simple lampe de table (n° 23 du catalogue) sur laquelle a été montée une armature de globe fixée par baïonnette. A l'instar de la Riemann du RAD et contrairement à la Frowo précédente, le châssis de la lampe tempête est celui des lampes à pétrole à recirculation d'air, mais sans que l'air y circule : pour l'allumer, il faut dégager le bec en tirant sur l'anneau supérieur pour lever le globe et le plateau qui se maintiennent par frottement doux.
Une branche florissante des lanternes à cage fut celle des fabrications destinées aux véhicules. D'abord alimentées à l'huile, puis à la bougie, au pétrole, elles adoptèrent l'acétylène dès que possible. Sur cette branche des lanternes de véhicule, le rameau des lampes de vélo est extrêmement floribond, non par les architectures, toujours identiques, mais par la variété des formes et des décorations, généralement délicieusement contournées. Un réflecteur sous vitre, parfois avec un verre loupe, parfois avec un verre plat, parfois avec cabochons (rouge et vert) latéraux, parfois sans, met la flamme à l'abri des coups de vent et de la pluie, une suspension élastique à parallélogramme maintient souplement la lanterne au guidon et il arrive qu'un raccord conduise du gaz vers un feu arrière.

Il ne s'agit pas des pièces dominantes de ma modeste collection, mais parmi les rares que j'ai celle-ci, de marque Vita, équipe un vélo De Dion-Bouton des années 20.
A côté des lampes portatives de mine, de carrière et d'atelier, les lampistes qui fabriquaient déjà des lampes de table à huile, à pétrole ou à essence se mirent à proposer des lampes à carbure de table, plus ou moins riches, plus ou moins ornées, portables mais non portatives car souvent encombrantes et de toute façon dépourvues de poignée. On pouvait les poser sur un meuble, mais aussi les loger dans une suspension au plafond d'où il fallait les extraire pour les garnir et les nettoyer, au contraire des brûleurs à gaz (gaz de ville ou gaz acétylène) en applique ou en suspension reliées via des canalisations à un générateur central automatique à grand débit muni d'un gazomètre de régulation. L'encombrement de ces appareils et leur rareté n'en fait pas des objets facilement collectionnables, aussi je vais juste exposer quelques lampes de table.

D'abord cette Paul Besson n° 7, déjà sur un catalogue de 1905, hélas dépourvue de son globe. Outre le soleil emblématique de la marque (ce n'est d'ailleurs pas la seule à avoir adopté cet astre...), les deux gravures FER et OUV indiquent d'une façon quelque peu ambiguë dans quel sens on augmente le débit d'eau. Le rétrécissement inférieur du réservoir montre qu'on peut insérer éventuellement la lampe dans une suspension.
Ci-contre, une lampe de table en laiton étamé, aux curieuses proportions (le réservoir d'eau est très petit par rapport au carburateur) et de marque non identifiée.
En Belgique, le grand lampiste Lempereur & Bernard, connu pour ses productions de luminaires de table à pétrole, a construit entre moult modèles à acétylène cette lampe (ci-dessous et ci-contre) dont le verre, à la suite d'aléas historiques indéterminés, est en fait un Ditmar autrichien. Les initiales L et B sont discrètement frappées sur la tête du pointeau. Tiens, encore un emblème solaire !
D'origine inconnue, mais vraisemblablement allemande compte tenu de la forme de la tête de pointeau, cette jolie lampe de table à abat-jour métallique est peinte en noir et ornée de filets dorés.
Autour des années 1850, on savait extraire le pétrole, on savait plus ou moins bien le raffiner, mais on n'avait pas encore trouvé comment se servir d'un résidu très volatil et très inflammable : l'essence. Ces deux caractéristiques en rendaient l'emploi dans des lampes à flamme particulièrement périlleux. Le bourrage du réservoir avec de l'éponge, du feutre, etc. mis en oeuvre par divers fabricants, qui absorbaient et emprisonnaient l'essence permit un usage plus sûr de ce combustible. Ainsi apparurent les lampes Mille, Gardon, Perrier, et bien sûr l'incontournable Pigeon. Ci-dessous, une lampe d'atelier ou de travaux souterrains Alexandre Perrier, à Aubenas, que son crochet permet de suspendre comme les lampes de mine. Ainsi, dans la carrière souterraine de Chancelade, le récit des recherches ayant suivi l'effondrement du 25 octobre 1885 mentionne des bouteilles contenant de l'essence pour les lampes. Il apparaît qu'à la carrière du Ru à Méry-sur-Oise certains carriers s'éclairaient aussi de cette façon. De même, des lampes à essence éventrées montrant leur bourrage d'éponge ont été trouvées dans une carrière du Cher (ci-après).
Le plus célèbre des fabricants de lampes à essence a été Charles Pigeon, qui n'hésitait pas à donner 10 000 francs à qui ferait exploser sa lampe (par des moyens survenant accidentellement, évidemment). Pour absorber l'essence, il les bourrait de poil de lama. De lama content, bien sûr, parce que chacun sait, pour l'avoir appris dans Tintin et le temple du soleil, que, quand lama pas content, lama crache à la figure de l'impertinent. Alors, si lama crache de l'essence... Les lampes Pigeon ont eu des dizaines de copieurs, de qualité très variable. Ci-après une Briquet nickelée munie d'un lanterneau Decoudun (une « cheminée » dit le mode d'emploi) en verre inactinique pour laboratoire de développement photographique, et sur la rangée suivante une Les Hirondelles équipée du même dispositif, mais de marque Junius.
Pendant et après la Première Guerre mondiale, des soldats ou des artisans ingénieux ont récupéré des douilles, des projectiles, pour les transformer en lampes, généralement à essence car il suffit d'un porte-mèche, d'une petite mèche ronde et d'un bourrage d'éponge ou de feutre, mais aussi en firent des luminaires à carbure. (La même veine inventive s'est retrouvée vingt-cinq ans plus tard avec des cartouches de masques à gaz.)
Ci-contre, une lampe artisanale à essence basée sur une douille de canon de 75 mm. Je suis redevable de son identification à la courtoisie de Florian Garnier :

– 75 de campagne ;
– atelier de Rennes ;
– 12419e lot de 1916 ;
– laiton fourni par une des deux entreprises de Dives ou de Douai.

En outre, cette douille n'a été utilisée qu'une fois et n'a jamais été rechargée (soit trop abîmée après le premier tir, soit dérobée subrepticement par le lampiste...). Quant à l'éteignoir retenu par une chaînette, il est constitué d'un étui de Gras 11 mm.
Puisqu'on fait un tour dans le militaria, mentionnons ce briquet artisanal formé de deux cartouches de 8 x 57 JRS Mauser, la balle de l'une d'elles étant amovible et prolongée d'une tige munie d'une boulette d'amadou. L'étincelle était provoquée par le frottement de la tige sur un frottoir déposé sur le culot évidé des étuis.
Un autre type de briquet ancien est celui dit à amadou, même si la mèche, originellement d'amadou, en effet, est depuis longtemps constituée de coton trempé dans une solution de salpêtre. L'allumage se fait par des étincelles produites par une pierre à briquet, c'est-à-dire du ferrocérium. Auparavant, c'est un silex frappant sur une batterie de fer cémenté, comme sur les pistolets à silex, qui produisait l'étincelle. Il faut ensuite souffler sur le petit point incandescent pour étendre la zone en ignition, à moins qu'il y ait du vent. C'est le seul type de briquet qui ne s'éteint pas par grand vent. Au contraire.

Les briquets étaient soumis en France jusqu'en 1945 à une taxe dont le paiement était matérialisé par une vignette métallique fixée sur le dispositif, comme sur la vue ci-contre. Ce modèle de plaquette a été en vigueur entre 1916 et la fin de la taxe.
La réutilisation lucifère de fortune de contenants divers n'est pas l'apanage des temps de guerre. Par exemple cette petite lampe à essence munie d'une mèche de Pigeon est fabriquée à partir d'une burette à huile de forme récente, apparemment entre les deux guerres.
Plusieurs variétés de lanternes à essence ont équipé les automobiles au début du siècle dernier. On en trouve encore assez souvent, comme par exemple des Vestale, de chez Maris & Besnard (première ligne ci-dessous), et des Auteroche (seconde ligne). Si la flamme de la lampe Auteroche est réglée une fois pour toutes, la Vestale offre un astucieux dispositif de réglage : elle comporte un logement où vient s'encastrer un réservoir de laiton terminé par un porte-mèche en céramique ou en métal. L'astuce est que le porte-mèche, faisant office de monte-mèche, est calé par le boîtier et qu'on peut régler la hauteur de flamme par l'extérieur, non plus en tournant le brûleur au-dessus du réservoir fixe mais en faisant tourner le réservoir autour du brûleur fixe.
A côté des lampes à acétylène à générateur incorporé, où le gaz était consommé au fur et à mesure de sa production par un des moyens présentés supra, il a existé des luminaires à acétylène dissous. Celui-ci, qu'on ne peut comprimer à l'état gazeux au-delà de 2 bars sous peine d'un important risque d'explosion, accepte d'être comprimé à 15 bars quand il est dissous dans l'acétone, dont 1 litre arrive alors à contenir 200 litres d'acétylène. Ce procédé a été, en France, mis en application dans les éclairages Magondeaux et dans les torches Casimir.

Ci-dessous un phare Magondeaux à l'usage des sapeurs-pompiers. La bouteille standard, comme celle qu'on disposait dans le même dessein sur les marchepieds des autos, était surmontée d'un large projecteur où le bec principal était doublé d'une veilleuse. Quand la bouteille était vide (un manomètre permettait de surveiller la quantité restante) il suffisait de la porter chez un concessionnaire qui en remettait une chargée, comme les bouteilles de gaz que chacun connaît.

La bouteille de 3 litres associée au phare ci-dessous est remplie de granulés de cellulose à 70 % de porosité baignant dans l'acétone où l'on peut dissoudre 500 litres d'acétylène.
Comme on le voit ci-dessus, l'aiguille du manomètre indique la vacuité totale de la bouteille, normalement à 15 kg/cm2 quand elle est pleine. Pour faire un peu fonctionner le phare, je l'ai alimenté par un générateur séparé... Evidemment, le débit pourrait sans peine être largement plus important.

Ci-contre, gros plan du projecteur. La flamme est cachée par un réflecteur primaire qui renvoie vers le miroir de Mangin. A droite, on aperçoit le conduit de la veilleuse.
Avertis d'un incendie, les pompiers devaient parmi leurs agrès emporter un ou des flambeaux, par exemple pour se guider pendant la nuit, pour éclairer le chemin dans un immeuble privé de lumière ou dans un lieu sombre. C'était des lampes généralement fixées au bout d'une perche, à huile puis à pétrole, enfin à acétylène avant que les pompiers fussent équipés de lampes électriques. Ci-après un exemple de flambeau à pétrole des années 1880-1910, portant le nom du distributeur Durey-Sohy. De nombreux luminaires quasiment identiques ont été fabriqués par plusieurs constructeurs. Faute de sophistication dans l'alimentation en air et dans le tirage (absence de cheminée), la flamme était très fumeuse, et au début du XXe siècle l'arrivée des flambeaux à acétylène fut un réel progrès.

Ci-dessous, à gauche le flambeau à pétrole Durey-Sohy et à droite, dans la main de Bernard Sebille, un flambeau à acétylène de marque indéterminée, du type adopté par le régiment de sapeurs-pompiers de Paris en remplacement des flambeaux à pétrole. Nombreux ont été les constructeurs proposant leur production sur le même dessin.
Cette petite parenthèse sur les flambeaux de pompier nous amène tout naturellement aux flambeaux à acétylène dissous (F.A.D. dans la terminologie administrative) dont le plus connu est la torche Casimir. 200 litres d'acétylène dissous dans l'acétone remplissent une bouteille effilée et sont immédiatement disponibles sur un dixième de tour du robinet. Le support de bec fait en même temps robinet de débit (ce qui peut régler la flamme) et valve de chargement. On pouvait aussi se procurer un support tripode et un réflecteur sphérique.

Cette torche Casimir, que beaucoup de pompiers – retraités, il faut le préciser – ont connue dans les véhicules d'intervention, remonte aux années 20. Elle a été conçue par Casimir Morel et proposée en trois tailles. La fabrication se faisait dans l'Isère, d'abord à Rives (Société rivoise de construction) puis à Brignoud comme l'exemplaire n° 2 ci-dessous. Bien que la majorité provienne d'anciens équipements des sapeurs-pompiers, cette torche était vendue à qui la convoitait sous le nom de torche Lucifer.
Pour clore cet aperçu des lampes à éclairage par la flamme directe, un détour vers les lampes à incandescence. La lumiére, ordinairement puissante, est ici due à l'excitation thermique par une flamme bleue, donc chauffante mais non éclairante, d'un manchon de tissu à mailles lâches imprégné de produits thermoluminescents, qui restituent sous forme de lumière l'énergie calorifique de la flamme. La toile regorgeant de nombreux sites en toutes les langues sur ces appareils, je ne réinventerai pas la roue et renverrai pour plus de détails techniques le lecteur vers l'un ou l'autre moteur de recherche.

Je me bornerai ici à montrer quelques lampes à incandescence de ma collection. Seule la Petromax 829 a été achetée neuve, les autres ont été restaurées, réparées ou simplement vérifiées.

Bien que les lampes apparaissant ci-après soient essentiellement des lanternes portatives, les différentes marques ont fabriqué aussi des lampes de table ou suspendues sur le même principe, mais on les rencontre plus rarement (à l'exception de Tito Landi où c'est le contraire : les lampes de table sont plus fréquentes).

La Petromax 829 de 500 bougies, ci-dessous, est l'une des plus puissantes. Elle est capable dans de vastes espaces souterrains de donner une lumière suffisante pour y faire de bonnes photos. On distingue bien de gauche à droite, au-dessus du réservoir, l'obturateur du chalumeau de préchauffage rapide (on s'en passe très bien, la coupelle d'alcool convient parfaitement : même si c'est plus long, c'est moins fatigant), la manette de nettoyage et d'arrêt, et le bouchon de remplissage surmonté du manomètre. La pompe se trouve de l'autre côté.
Chez cette même marque des modèles plus petits sont néanmoins très agréables du fait de leur poids réduit, l'intensité lumineuse demeurant tout à fait suffisante. Par exemple, cette Petromax 821 de 200 bougies dont plusieurs pièces ont été changées. L'avantage est que l'obtention des pièces détachées pour ces appareils n'est nullement un problème. Cette 821 est dépourvue du chalumeau de préchauffage rapide, aussi on aperçoit à gauche le bouton de la tige de pompe.
La société portugaise Casa Hipólito racheta l'outillage des Petromax dans les années 70, et commença une nouvelle production avec une finition et une qualité identiques. Ici, une Hipólito 502 de 500 bougies équivalant à la Petromax 829.
Le Suédois Optimus, de son côté, lança la production de diverses lampes à pression, comme cette Optimus 1200 de 200 bougies que j'ai eu la chance de trouver avec sa boîte, quasiment neuve. Elle possède aussi un chalumeau de préchauffage, dont la commande se fait par un robinet et non par un clapet comme sur Petromax.
Originaire d'outre-Manche, Tilley a acquis une célébrité certaine. Ici, une Tilley X246. Le préchauffage se fait par l'intermédiaire d'une coupelle amovible enserrant le brûleur.
L'Espagnol Agusto Tito Landi a fabriqué des lampes à incandescence par manchon sous la marque Titus, mais, à la différence des appareils présentés précédemment, et semblablement à la marque Aladdin, le combustible n'était pas vaporisé dans un serpentin chauffé par la flamme et s'élevait via une mèche jusqu'au bec où la chaleur le gazéifiait. Deux types de brûleur existaient, soit à alcool soit à essence. La lanterne portative présentée ci-dessous, à alcool, est une Titus n° 42. Le souci avec ces lampes est que se procurer des manchons adaptés est une galère. Par exemple, celui-ci est loin de donner toute satisfaction. En haut à gauche de la lampe, la sorte de pince est une taupette pour la préchauffer et l'allumer.
Sans être un collectionneur de lampes de mine de sûreté, j'en ai tout de même quelques-unes. Elles sont basées sur le principe de l'ajout d'un tamis à mailles fines (ordinairement 144 au centimètre carré) coiffant la flamme et la séparant de l'extérieur. Le plasma qui l'aurait momentanément effleuré était puissamment refroidi à tel point qu'il ne pouvait pas transmettre l'inflammation au grisou présent le cas échéant à l'extérieur de la lampe. Le souci restait un contact trop prolongé de la flamme avec le tamis (par exemple dans un courant d'air violent), ce qui l'aurait porté au rouge et donc rendu incapable de remplir son rôle de refroidisseur. La majorité des modèles inventés entre 1820 et 1900 étaient garnis d'huile, puis Friemann + Wolf conçurent l'alimentation par benzine, ensuite par essence. Les variantes communes ou rares font le bonheur des collectionneurs : à simple, double ou triple tamis, à cheminée, avec ou sans cuirasse, avec rallumeur, etc. L'inventivité des concepteurs s'appliqua aussi à rendre les lampes indémontables en service, même éteintes, de façon à empêcher tout contact d'une quelconque flamme avec un air peut-être chargé en grisou, au moyen de verrous de principes divers. Ci-après trois modèles de provenances diverses :
Evan Thomas & Williams, type Cambrian BT de 1981. Si cette ancienne marque galloise, qui a fourni jusqu'aux années 50 de nombreux charbonnages généralement anglo-saxons, continue à fabriquer des lampes de mine à tamis destinées à présent à servir de cadeaux, elles sont à présent très simplifiées, par exemple avec un seul tamis, alors que le modèle présenté en a tout de même encore deux. Bien sûr, il n'y a pas de verrou. Elle fonctionne au pétrole, avec une mèche plate dont un remonte-mèche en fil de fer permet de régler la hauteur, et est dépourvue de rallumeur. La cuirasse sert à empêcher un courant d'air violent horizontal ou légèrement oblique de souffler la flamme, le danger étant alors de l'éteindre mais aussi, pire, de l'incliner vers le tamis et de le faire rougir.
Il faut parler du triomphe de l'éclairage de mine made in India, la JK Dey GL7 ! Il s'agit d'une lampe de mine à double tamis, destinée non à éclairer mais à détecter la teneur en grisou. Un grisoumètre, donc. Du moins sur le papier.

Le principe est habituel : une flamme d'une hauteur déterminée brûlant dans une atmosphère contenant du méthane prend une apparence inhabituelle, se prolongeant par une pointe verdâtre plus ou moins haute selon la teneur en gaz. Une échelle graduée donne le pourcentage. La lampe, qui ne s'allume qu'électriquement, par l'ignition d'un filament d'allumage, est conçue pour que la flamme s'éteigne soit au dévissage soit au vissage si elle a été allumée lampe démontée. Pour cela, la mèche passe par un étroit conduit qui prive la flamme d'air et l'éteint immédiatement.

Mais cela, c'est la théorie. La pratique est moins séduisante : les pièces soudées le sont souvent de travers, les ajustages, si on peut appeler ça comme ça, à la lime sont faits très grossièrement, les soudures ne sont pas ébarbées, les barres horizontales de l'échelle grisoumétrique sont implantées de façon assez hasardeuse, mais le plus beau reste à venir. La flamme ne peut jaillir que par l'allumage électrique, lampe vissée. L'ennui est que le fil n'a pas le temps d'allumer quoi que ce soit, il fond immédiatement. Après que j'eus fait venir plusieurs filaments d'allumage, le vendeur m'a expliqué gentiment que les piles occidentales sont peut-être un peu trop puissantes. Hélas, même remplacées par des salines déjà utilisées et donc faibles, je n'ai pas constaté d'amélioration dans la durée de vie des allumeurs. Et comme on ne peut pas allumer la mèche puis visser le pot sur la galerie, car par conception la flamme s'éteint immédiatement, on ne la verra jamais allumée. Le second point frisant l'absurdité est qu'il est impossible d'entretenir la mèche, car cela nécessite de la remonter avant d'enlever les parties charbonneuses qui fatalement apparaissent à un moment ou à un autre : or elle est tellement serrée dans le porte-mèche que tous les efforts pour la tirer sont voués à l'échec. Et naturellement il n'existe sur l'engin aucun dispositif mécanique pouvant la remonter. En plus, je ne sais pas en quoi elle est faite, mais il ne faut surtout pas tirer dessus... A côté de ça, le fait que le remplissage ne s'effectue pas par une large ouverture obturée par un bouchon vissé, ce qui serait bien trop pratique, mais par une sorte d'entonnoir latéral ridiculement petit fermé par un opercule, de travers comme le reste et donc ne fermant rien, peut être considéré comme anodin.

Pour une lampe achetée neuve, c'est exaspérant...
Après cette escapade vers l'Inde troublante et mystérieuse, revenons à l'Europe. La firme polonaise Elektrometal a continué de fabriquer jusqu'au dernier quart du siècle dernier des lampes de mine type Wolf, à benzine et avec rallumeur au ferrocérium. Ici une LB1 de décembre 1970, sans cuirasse mais à double tamis. Elle est équipée du verrou à action horizontale et déverrouillage magnétique, dont on voit le logement sur le haut du réservoir, à gauche. On remarque aussi les graduations de teneur en grisou. En fait, les mineurs étaient équipés de lampes électriques au chapeau, les lampes à flamme n'étant employées que comme grisoumètre, moins chères probablement qu'un analyseur électrique et sans nécessité de calibrage. Sans doute moins prestigieuses, mais aussi bien moins coûteuses que les superbes lampes de sûreté qui font l'orgueil de maint collectionneur, ces lampes qui ont envahi les brocantes d'Europe occidentale ont au moins le mérite de montrer à moindre frais la structure d'une lampe à tamis.
Ci-contre, cet appareil, pas spécialement rare mais un peu intrigant, est une lampe à tamis qui n'est pas une lampe. Du moins pas pour éclairer. Il s'agit d'un réchauffeur de radiateur Clayrite, qu'on allumait sous le radiateur par des températures hiémales pour empêcher le gel de l'eau sur les véhicules moteur arrêté. (Cela dit, je ne sais pas trop comment on faisait pour réchauffer l'eau dans le bloc-moteur.) Clayrite, de Birmingham, était d'ailleurs un vendeur d'accessoires pour automobiles. Le brûleur Barton est alimenté au pétrole, et le tamis est là pour empêcher la propagation de la flamme à une atmosphère plus ou moins riche en hydrocarbures. L'allumer permet de se rendre compte de la luminosité des premières lampes de mine, genre Davy ou Stephenson, qui avaient un tamis coiffant entièrement la flamme...
Les lampes électriques sont, même si cela paraît paradoxal, aussi anciennes, et même plus, que les lampes à acétylène. Sans parler des lampes à haute tension à tube de Geissler et bobine de Ruhmkorff (Dumas et Benoît ou Gaiffe), dès 1895 il existait des lampes électriques à main munies d'une ampoule alimentée par un accumulateur.

En effet, quand les avancées technologiques dans le stockage de l'électricité, jontes à celles dans la fabrication des ampoules à incandescence, eurent permis de livrer des accumulateurs fiables et de bonne capacité alimentant des ampoules suffisamment lumineuses et de durée de vie raisonnable, les constructeurs de lampes à flamme se mirent à étudier l'éclairage de mine électrique. Les premiers modèles universellement répandus ont été des lampes à main, atrocement lourdes et d'un éclairement qui ne dépassait guère celui des lampes à flamme, mais au moins qui exemptaient du danger d'enflammer le grisou. Il fallut d'ailleurs continuer d'utiliser des lampes à flamme pour mesurer sa teneur, en attendant de commercialiser des grisoumètres d'autres principes.

Donc, les premières lampes électriques à main consistaient en un pot contenant l'accumulateur surmonté d'une coiffe amovible associant les connecteurs et l'ampoule sous un globe protecteur étanche. L'accu pouvait être au plomb, délivrant 2 volts par élément, ou au cadmium-nickel qui ne fournissait que 1,2 volt. Ces derniers éaient souvent associés par deux, pour laisser disposer d'au moins 2,4 volts.

Ci-après, deux lampes de mine électriques des années 30, à gauche une Joris ou SEMOI de la série 820 (probablement une 822 en l'occurrence), à accu plomb sous 2 volts, et à droite une SBAE Lemaire type AV (Société belge d'applications électriques), à accumulateur cadmium-nickel bi-élément des années 40-50, donc sous 2,4 volts. La rangée inférieure montre quelques détails de la SBAE, comme le logo venant de fonderie sur la cage et la fière marque de fabrique du globe de verre.

Les coiffes étaient verrouillées sur le pot, rendant impossible le dévissage sans le gros électroaimant qui relevait le loquet de verrouillage, seul demeurant un jeu angulaire de quelques degrés amenant les électrodes de l'accumulateur en face des contacts. C'est en particulier vrai pour la Joris, alors que la SBAE est munie d'un interrupteur vertical à vis.
Lampe à accumulateur au plomb, un élément de 2 volts, de la Compagnie auxiliaire des mines de Douai, surnommée aussi du fait de la forme de sa coiffe Ogivale de Douai. Le dessin et le mode de fixation des montants a fait l'objet d'un brevet en 1927.
Cette forme ancienne de lampe électrique à main persista encore un peu après la Seconde Guerre mondiale, par exemple sur cette Oldham F Admiralty à accu plomb, proba­ble­ment en usage dans la marine britannique. Le modèle initial date environ de 1935.
Outre les lampes électriques à accu plomb-acide, la SEMOI fabriqua aussi des lampes à accu cadmium-nickel avec deux cellules totalisant 2,4 volts. A partir de 1932, elle leur monta le verre sphéro-lenticulaire inventé par Wolf qui selon des mesures imdiscutables donnait plus de lumière à l'ouvrier qui, voyant enfin ce qu'il faisait et éperdu de recon­naissance envers son employeur, multipliait proportionnellement son rendement. Parmi les modèles de la gamme, celui ci-contre est le n° 531 dont l'allumage se fait sans surprise par rotation de la coiffe.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'exemplaire présenté n'est pas une lampe de mine, ou du moins pas de mine grisouteuse. En effet, le verrou magnétique que seul pouvait débloquer un puissant électro-aimant localisé à la lampisterie est ici remplacé dans le même logement par une tirette manœuvrable à la main, et qu'on voit au centre de la photo, sur la coiffe.
L'ingénieur Fabius Henrion a fondé en 1887 la Maison Fabius Henrion & Cie où travailla, curieux hasard, Joseph Mercier, créateur de la lampe à acétylène Etoile. L'histoire de la société a été assez agitée : en 1891 elle devint Fabius Henrion moteurs électriques, dynamos et lampes et en 1893 Usine Fabius Henrion à Pagny-sur-Moselle ; après un passage vers 1912 par la Compagnie des charbons Fabius Henrion), elle devint en 1921 la Compagnie lorraine de charbons, lampes et appareillage électrique puis en 1927 la Compagnie lorraine de charbons pour l'électricité. Pour clore ce parcours, elle fusionna avec le Carbone pour former Le Carbone lorraine, ultérieurement à l'origine de CIPEL.

Ci-dessous, une très inhabituelle lampe à pile rechargeable Henrion. Probablement datable de la décennie 1920-1930, l'ampoule est en effet alimentée par une pile de type Leclanché à électrolyte liquide intégrée dans le pot en acier et constituée d'une électrode de carbone, d'un vase poreux et d'une enceinte métallique surmontée de la coiffe où est vissée l'ampoule. Quand elle s'épuise, on ne peut pas acheter une autre pile, mais juste remplacer le mélange de charbon et de dioxyde de manganèse dans le vase poreux (éventuellement le zinc et l'électrolyte). En tout cas, on n'en rencontre pour l'instant aucune mention dans la littérature disponible, ce qui est dommage dans la mesure où l'on se demande comment on pouvait la recharger. Existait-il chez des revendeurs des vases poreux tout remplis ? Des flacons de solution électrolytique ? Ou ces lampes étaient-elles destinées à un usage professionnel (pas trop cahotique, car en dépit de sa forme l'engin ne paraît pas pouvoir supporter un emploi minier avec risque de bris) dans une entreprise capable d'assurer une maintenance en lampisterie, comme par exemple l'usine de Henrion ou de ses successeurs ? Mystère...

Le bouchon en haut du pot sert à remplir la pile d'électrolyte, quant à la vis visible à droite de la coiffe, c'est l'interrupteur : elle met le culot de l'ampoule en communication avec le pot métallique qui constitue l'électrode négative.
La seule marque existant sur cette lampe est invisible en usage normal. Pour la découvrir, il faut non seulement la démonter, mais encore dissocier le vase poreux de son couvercle où est boulonnée l'électrode de car­bone. On découvre alors qu'elle porte le marquage « PILE CARBENRION ». Ce nom entretient une certaine confusion : c'est à la fois l'adresse télégraphique de la Compagnie des charbons Fabius Henrion, puis de ses avatars, et une marque figurant comme telle sur des réclames – et ici sur un produit fini.
La Red Star, dite aussi Lightning Bug sur le catalogue Warner de 1927, est une lampe de ronde alimentée par une grosse pile de 1,5 volt (Ignitor n° 6). Le catalogue la prétend absolument sûre par rapport à l'essence et aux gaz d'échappement. Malgré cela, il s'agit d'une lampe en tôle légère.
CEAG Ltd BE, Barnsley, destinée à une utilisation dans des raffineries, des dépôts d'hydrocarbures, bref partout où l'on peut trouver une atmosphère explosive d'essence ou d'acétone, mais pas utilisée dans les mines de charbon (un modèle très semblable extérieurement, mais affecté de modifications minimes, était agréé pour les mines). L'allumage s'effectue par une rotation de la tête de quelques degrés.

La firme CEAG britannique était une filiale, fondée en 1921, de Concordia Elektrizität Aktiengesellschaft (CEAG) de Dortmund.

Selon les vœux du client, une variante est alimentée par un accumulateur plomb de 2 volts ou par une pile sèche de 4,5 volts.
Lampe de ronde et de surveillance en alliage léger ASEI, d'après la Seconde Guerre mondiale. Il y a un double jeu de piles de 3 fois 1,5 volt. Allumage par rotation de la couronne du projecteur dans un sens ou dans l'autre, mettant en service l'une ou l'autre batterie. Même si cette lampe n'est pas prévue pour des milieux hautement explosifs, elle est tout de même étudiée pour éviter les étincelles. En effet, il est impossible d'ouvrir le couvercle pour remplacer les piles si l'ensemble réflecteur-couronne-ampoule est en place. Et on ne peut pas retirer cette couronne si elle est en position d'allumage. Il faut la mettre en position d'extinction, la séparer du corps en pressant un verrou, dévisser la poignée, enlever le couvercle, remplacer les piles. Malheureusement, à part cette parti­cularité qu'on apprend par la manipu­lation directe, la documentation sur cet appareil approche du zéro absolu.
Torche d'inspection CEAG Ltd, Barnsley. Elle est bien munie d'un réflecteur à faisceau réglable, mais le réglage nécessite de déposer la tête...
La compagnie anglaise Alkaline bat­teries Ltd., issue en 1947 de différentes sociétés exploitant le brevet de Jungner (lire ci-après les lignes sur la lampe Edison) relatif aux accumulateurs fer-nickel et cadmium-nickel, fabriqua dans la décennie 1950 des lampes au chapeau et des lampes à main en conservant l'ancienne marque NIFE (qui, elle, produisait des accu­mulateurs fer-nickel). Cette lampe, référen­cée NH10A, a été achetée vide de ses éléments, ce qui fait qu'il est difficile de savoir si la batterie était au fer ou au cadmium, la nouvelle société fabriquant plutôt des accus Cd-Ni et la marque NIFE ne laissant plus pré­juger à ce moment du type précis de bat­terie installé. Tout ce qu'on sait est que d'une part cette NH10A dérive d'un modèle remontant au moins au début des années 20 qui, lui, était bien alimenté en fer-nickel et que d'autre part la batterie est alcaline, ses deux éléments fournissant 2,4 volts.

La vis au-dessus et à gauche du réflecteur est l'interrupteur, qui presse une lamelle contre un pôle des éléments.

Comme les lampes ci-dessus, il ne s'agit nullement d'une lampe de mine apte à travailler en milieu grisouteux.
Arras ERG des années 30. Elle contenait 2 cellules SAFT au cadmium-nickel (2,4 volts) de 8 ampères/heure, ce qui donnait huit heures d'autonomie. Absolument pas étanche au grisou, il ne s'agissait que d'une lampe de ronde.

Des bruits de bottes et surtout d'avions se faisant entendre outre-Rhin, Arras l'accessoirisa pour la faire acheter par les services de défense passive. Soit le boîtier était modifié avec un second phare à l'arrière muni d'un écran bleu fixe (aucun rapport avec le BSoD...), l'allumage d'un projecteur ou de l'autre se faisant par un inverseur, soit bien plus simplement on glissait un écran bleu devant l'unique projecteur.
Lampe domestique comme il en a existé des centaines de milliers de toutes marques dans les ménages avant et après la Seconde Guerre Mondiale. Ce modèle Leclanché Inca, de grande capacité, servait aussi bien de projecteur puissant à la campagne que de lampe de secours dans les appartements. On remarquera autant le verre grossissant intensifiant le faisceau que la pile d'origine Carbone-Lorraine. « Non amorçable » signifie qu'elle est prête à l'emploi et nullement sujette à être remplie préalablement d'un liquide quelconque, eau ou électrolyte.
Fin 1948, les établissements Laurent, situés à Lourdes, et qui se faisaient connaître sous la marque Elau, déposèrent ce modèle de lampe domestique à faisceau réglable. Déjà équipée d'une batterie SAFT cadmium-nickel à deux éléments, inaugurant ainsi une collaboration pluri-décennale avec ce fabricant d'accumulateurs, cette lampe avait un réflecteur à faisceau réglable et un verre avec striures concentriques Fresnel.
Ayant ajouté au sigle Elau le L final pour Lourdes, Elaul a proposé à la fin des années 50 parmi les lampes domestiques cette mignonne petite lampe à batterie, la Voltabloc aux lignes toutes rondes. Livrée avec une ampoule de rechange, deux lentilles supplémentaires respectivement verte et rouge (qui s'inséraient dans une couronne phosphorescente), elle se chargeait en désolidarisant la tête et en branchant le corps dans une prise secteur, peu importe la tension (à l'époque, une grande partie du réseau était encore en 110 volts). De plus, elle se collait magnétiquement à une surface ferreuse. Cerise sur le baba, elle pouvait être livrée avec un allume-gaz et un abaisse-langue pour que les mamans inquiètes puissent examiner à loisir les amygdales de leur progéniture. Ces deux perfectionnements sont protégés par un brevet de 1959.

Evidemment, la charge se faisait à travers une alimentation capacitive, montée autour d'un condensateur de 0,25 μF suivi d'un pont de diodes pour charger deux batteries boutons DEAC 225DK montées en série. Dotées comme leur nom l'indique d'une capacité de 225 mA/h sous une tension de 1,2 V chacune, elles se déchargeaient à travers une ampoule de 2,2 volts et 150 mA. Il y en avait donc pour à peine une heure et demie d'éclairage. Mais c'est très mignon (je crois l'avoir déjà dit). D'ailleurs, elle a obtenu le label Beauté-France en 1958.
Ci-dessous, la simplicité biblique de l'alimentation à capacitance. Encore celle-ci est-elle sophistiquée, avec un pont de diodes. Les alimentations à transformateur des lampes de mine à batterie à la ceinture de cette marque n'en avaient pas autant. Elles n'avaient même aucun redresseur, la diode monoalternance se trouvant dans le projecteur frontal. (Il faut toutefois signaler l'existence chez Elaul d'une alimentation capacitive pour une lampe de chapeau type E, munie d'un pont de diodes et d'un gros condensateur de 10 microfarads.)
Dans un registre un peu plus professionnel, Elaul offrait aux réseaux ferroviaires – SNCF et RATP essentiellement – des lanternes de signalisation. La base pour les lanternes à accumulateurs était la même que celle des lampes de mine F (voir infra), c'est-à-dire trois éléments au cadmium-nickel de 10 ampères-heure en série alimentant une ou des ampoules sous 3,6 volts. L'ensemble était logé dans un boîtier identique, muni d'une optique adaptée au type proposé et, sur le fond, de deux plots de charge. Ci-dessous à gauche (et sur la rangée inférieure) une lanterne RATP M4VR garnie de tétons pour l'accrocher sur un support ad hoc de voiture ou de quai, à quatre feux commandés par commutateur rotatif, et à droite une M17 de la SNCF à feu blanc unique provenant du dépôt de Vénissieux (Vx). Au contraire de la M4VR munie de deux plots de charge sur le fond du boîtier (la RATP avait des lanternes de bord, c'est-à-dire sur les rames, à accumulateurs, la SNCF exigeant des piles pour cette utilisation précise), la M17 a été dotée d'un connecteur latéral de charge.

Il est étonnant, au moment où il nous faut remplacer les accus lithium tous les quatre ou cinq ans, de constater que les anciens éléments Cd-Ni de 1,2 volt de la M4VR, vieux de quarante ans, ont pris la charge comme s'ils s'étaient arrêtés seulement la veille.
En fin des années 60, la SNCF fit dessiner et construire par la Compagnie auxiliaire des mines, à Douai, puis par Oldham qui la racheta peu après des lanternes de ce type. Dans la coque de plastique gris, un assemblage électromécanique permettait d'allumer soit le feu rouge, soit le feu blanc, soit aucun des deux. Dans ce seul cas le feu vert de départ pouvait être allumé par pression sur un poussoir fugitif. Cette lanterne de départ – ou de chef sécurité – vient de l'ancien triage (abandonné) du marché d'intérêt national de Rungis.
Ci-dessus la lampe ouverte : on distingue les interrupteurs et le câblage assurant la logique électromécanique d'allumage des feux. Les deux accumulateurs au plomb se trouvent derrière le fond en bakélite. A droite, la douille de charge.
Ci-contre de haut en bas les trois feux de la lanterne, blanc, rouge et vert, ce dernier étant fugitif et donc nécessitant l'appui continu de l'agent sur le poussoir.
Ci-dessous, détail des accumulateurs au plomb, d'un type tel qu'il doit être assez vain d'espérer en retrouver des neufs. Le boîtier transparent permet de contrôler le niveau de l'électrolyte par des fenêtres pratiquées à l'arrière du boîtier et de le compléter par des ouvertures de remplissage empêchant le renversement, comme sur les batteries des lampes de mine à la ceinture de la marque Oldham et Arras. Les ampoules sont donc de 4 volts.
A partir de 1987, ces lanternes de l'Auxiliaire des mines, compagnie reprise entre-temps par Oldham, furent déclassées et remplacées par des modèles Oldham, qui à son tour en confia la fabrication à MFI (Matériel ferroviaire et industriel), comme cette lanterne de bord contemporaine à pile (certains dépôts ont équipé les leurs d'accumulateurs rechargeables).
Outre-Atlantique, dans les années 20 naissaient les premières lampes électriques au chapeau, essentiellement des marques Wheat et Edison. La spécificité de ces dernières était d'utiliser des accumulateurs fer-nickel à électrolyte alcalin liquide du brevet de l'inventeur suédois Waldemar Jungner qu'Edison s'était approprié sans état d'âme, comme la majorité des autres brevets qu'il revendiquait. Ci-après le type P, agréé en 1939, dota également plusieurs houillères européennes qui en découvrirent l'intérêt à ce moment, aux lieu et place des lampes à main.
Extrêmement bien construites, solides, elles furent utilisées plusieurs décennies. Celle-ci était vide d'électrolyte lors de l'achat (aux Etats-Unis). J'ai donc rincé plusieurs fois les trois éléments à l'eau distillée chaude avant de les remplir d'une lessive de potasse de densité 1,24 (préparée immé­diatement avant pour lui éviter d'absorber trop de dioxyde de carbone) et de les mettre en charge. Le résultat est probant. Sur ce modèle il n'y a qu'une seule ampoule à deux filaments et, autre particularité, l'entrée du câble sur le projecteur se fait non pas latéralement mais sur le dessus et conséquemment le câble suit comme il peut le cimier du casque.

Le déverrouillage du boîtier se fait par deux masselottes rappelées par un ressort, qu'un aimant attire en position d'ouverture. Ci-dessous le boîtier ouvert laissant voir les trois éléments nickel-fer et les bouchons de remplissage faisant office de soupapes pour le dégagement de l'hydrogène pendant la charge.
Concurremment à Edison, un autre inventeur américain, Grant Wheat, se lança dans l'éclairage minier dans les années 20. Au contraire du précédent, qui avait copié le brevet Jungner, Wheat conçut lui-même une batterie au plomb pour équiper un projecteur frontal, destinée à la gloire mondiale puisqu'il la fit distribuer par Oldham avant que ce dernier la fabriquât sous licence. La marque existe encore, ayant subi comme ses consœurs l'évolution vers les leds et les batteries lithium-ion. Mais depuis longtemps les lampes Wheat sont fabriquées par Koehler, une autre marque américaine d'éclairage souterrain qui a construit de nombreuses lampes à tamis.

Ci-dessous, une Wheat Mk II. La batterie plomb de 4 volts a, pour les Européens, un petit air d'Oldham, alors qu'en fait c'est le contraire comme expliqué plus haut. L'ampoule est unique, mais ce qui est spécifique c'est le dispositif de réglage du faisceau qui peut en un demi-tour du commutateur passer du faisceau diffus au faisceau concentré par un système de came transformant le mouvement rotatif du commutateur en mouvement rectiligne commandant l'avance ou le recul du réflecteur.
Au début de la décennie 1950, la SBAE belge déjà citée supra modernise sa production et se met à la lampe au chapeau avec le modèle CB8 alimenté par un accumulateur au plomb de 4 volts en bac de caoutchouc durci, de type équivalent à celui des Wheat et des Oldham. Bien construites, dotées d'une ampoule principale et d'une veilleuse commandées par un commutateur à cames, elles avaient un système de charge par le projecteur assez compliqué qui fit l'objet en 1953 puis en 1957 de deux brevets complémentaires. Il fallait accrocher le projecteur sur une sorte de clé qui repoussait un verrou interne, puis l'abaisser contre la tête de charge ce qui assurait le premier contact, enfin engager par un léger mouvement angulaire autour de la clé le plot inférieur sur un contact à ressort... Le modèle représenté ici est de ce dernier type (brevet de 1957).

Plusieurs houillères acquirent des SBAE CB8, telles Hensies-Pommerœul, Ciply, Nord de Gilly, etc.
Après la mise en fabrication d'une lampe de mine à électrolyte alcalin liquide, la LC10, Elaul qui avait ajouté le L de Lourdes au sigle précédent Elau conçut un modèle E (E, paraît-il, comme étanche au grisou) dont la charge se faisait par deux plots sur le fond du boîtier. Peu après, agréé en 1959 comme le montre la plaque constructeur ci-dessous à droite, Elaul produisit le type F (ci-après) dont la charge se faisait via des contacts placés sur le projecteur accroché sur la tête de charge. Ce sont les dernières lampes de mine de cette marque à être équipées d'accumulateurs plats (qu'on trouve encore pour plusieurs années sur les lanternes ferroviaires et de la RATP).
Afin qu'on ne mette pas n'importe quelle valeur de fusible, la cartouche contient un papier avec la marque...
Le boîtier parallélépipédique à accumulateurs plats céda la place ultérieurement au type NC 6 (NC 6/4, NC 6/7, NC 6/8 selon la capacité de la batterie) où 5 éléments SAFT cylindriques au cadmium-nickel et à électrolyte gélifié, donc sans entretien, se logeaient dans un boîtier réniforme. Le projecteur restait le même, avec ses plots de charge. Une ampoule à halogène plus lumineuse remplaça bientôt l'ampoule krypton ou argon précédente.
Ci-contre, un chargeur artisanal comprenant une alimentation à courant constant réglable pour les accus Cd-Ni des Elaul et une alimentation fixe de 5,1 volts pour les accus plomb des Oldham-Arras. La photo permet de bien distinguer les deux types de tête de charge, celle des Elaul où il suffit d'accrocher le projecteur, celle des Oldham-Arras qui nécessite un demi-tour sur la clé pour l'y verrouiller. L'ampoule derrière le voyant rouge sur la tête de charge est une régulatrice.

Ci-dessous, une NC 6/7. Le couvercle du boîtier et la bague du projecteur pouvaient être proposés en diverses couleurs identifiant facilement l'équipe.
A force de fournir des accumulateurs pour les lampes de mine Elaul ou autres, SAFT (Société des accumulateurs fixes et de traction) se mit dans les années 60 à fabriquer son propre modèle. A mon humble point de vue, ce fut une réussite, mais sa diffusion restreinte et généralement hors Europe en fait un objet assez rare. Légère, aux lignes arrondies, sous coffret plastique, elle contenait trois éléments cylindriques Cd-Ni à électrolyte gélifié de 7 ampères-heure, soit 3,6 volts comme sa concurrente Elaul F qui n'était pas encore passée aux cinq cellules donnant 6 volts de la série NC 6.
Bien que le système de charge se fasse aussi, comme les concurrentes, par le projecteur s'accrochant à la tête de charge, la disposition du pôle négatif (ci-dessus, le contact plat sous le crochet) est sensiblement différente de celle observée sur les Elaul et empêche toute compatibilité. Enfin, il faut signaler une particularité de l'interrupteur (ci-contre) : tourner la manette dextrorsum allume ou éteint l'ampoule principale, mais elle seule. En revanche, la tourner en sens contraire commande la veilleuse et elle seule.
Comme exposé un peu plus haut, l'Anglais Oldham distribua puis fabriqua dans les années 30 des lampes de mine au casque dotées des accumulateurs plomb sous licence de l'Américain Wheat. Le projecteur était néanmoins différent, pour arriver à la fin des années 40 à la forme bien connue, munie d'une ouverture arrière se verrouillant sur une clé de chargement, et à l'intégration de deux ampoules séparées, une principale et une veilleuse de consommation réduite. Ci-dessous, le type G fabriqué en Angleterre, et la bague du projecteur. Le bac de batterie, en caoutchouc durci dans les années 50, céda la place aux bacs en polycarbonate courant décennie 70.
Puis, dans le courant des années 50, c'est Arras, devenue Arras Maxei, la concurrente directe d'Elaul, du moins en France, qui fit sortir de ses ateliers des lampes au chapeau sous licence Oldham, pérennisant ainsi l'accumulateur Wheat de deux fois 2 volts fabriqué par Oldham et monté sur ses lampes de mine. Bien évidemment la marque française apporta quelques modifications, comme une nouvelle forme du bouton du commutateur qui en rendait la manipulation plus facile avec des gants, ou le remplacement des ampoules du début, remplies d'argon puis de krypton (comme chez tous les concurrents d'ailleurs), par des ampoules à halogène. Les batteries restent entièrement compatibles.

La disponibilité des batteries, leur simplicité, la renommée quasi séculaire des deux marques de part et d'autre de la Manche assurèrent leur suprématie dans l'éclairage souterrain de sécurité pendant des décennies. Pas seulement dans les mines, mais aussi dans les carrières et dans les champignonnières, qui s'équipaient souvent de lots revendus par des houillères en cessation ou en baisse d'activité.

Ci-dessous, le modèle Arras-Maxei GT fabriqué en France, et la bague du projecteur.
Chez Arras Maxei, la seule exception à l'alimentation par accus au plomb fut ce type AM Gr 2, où un boîtier en acier inoxydable contenait quatre batteries cadmium-nickel en série, fournissant par conséquent 4,8 volts, ce qui survoltait légèrement l'ampoule halogène standard. Bien que portant le sigle Ex, il n'était pas destiné aux mines grisouteuses (groupe 1) mais aux autres atmosphères explosives (groupe 2), p. ex. contenant de l'hydrogène.
Ci-contre, un banc de charge pour lampes Oldham G ou Arras GT, composé d'un chargeur de la firme monté sur un assemblage en bois aussi robuste qu'artisanal construit par des champignonnistes, et récupéré – sauvé plus exactement – avant qu'il ne fût entièrement vandalisé. Même si l'interrupteur a disparu, il reste le voltmètre avec un repère à 5,1 volts et le rhéostat de réglage de la tension.
Outre-Rhin, à partir du début de la décennie 1950 la firme CEAG de Dortmund (fondée en 1906, société mère de la CEAG anglaise qui devint rapidement indépendante), concevait des lampes de mine à chapeau, qui se perfectionnèrent plus tard telle cette MLC 5.2, vers 1958. Comme les Elaul contemporaines, ces deux lampes à batterie au cadmium-nickel sont équipées de 3 éléments DEAC à électrolyte liquide (les éléments SAFT de cette époque sont à électrolyte alcalin gélifié) fournissant 3,6 volts.
Dans le projecteur, une différence avec les modèles belges et français, mais partagée avec les lampes américaines, est qu'il n'y a qu'une seule ampoule, à deux filaments. Le principal consomme 1 ampère, le second seulement la moitié. Enfin, cette ampoule est montée sur un ressort la projetant immédiatement hors de son culot en cas de bris du verre, de façon à éviter un chapelet d'étincelles qui pourraient alors enflammer un éventuel mélange de grisou.

Ci-dessous, une fois les loquets du verrou magnétique écartés, on accède aux connecteurs et au fusible. Les accus sont des DEAC de 14 A/h au cadmium-nickel et à électrolyte liquide (il s'agit de potasse KOH. S'ils se font brûler devant le camp par un flux de potasse, les lampistes s'exclament « Cette potasse est terrible ! »)
Quant à Friemann + Wolf, elle déposa vers 1958 le modèle 14202, également à ampoule unique à deux filaments, également à accu cadmium-nickel et électrolyte liquide, mais les deux seuls éléments donnaient 2,4 volts. Le verrou magnétique ressemble un peu aux verrous des lampes à tamis.
DEAC, c'est-à-dire la Deutsche Edison Akkumulatoren Company, filiale d'Edison comme son nom l'indique, fondée en 1905 puis rapidement rachetée par AFA (Akkumulatoren Fabrik Aktiengesellschaft), eut une abondante production dans la première moitié du XXe siècle. Vers 1950 elle fabriqua cette lampe d'inspection à batterie Cd-Ni et électrolyte liquide. Un crochet arrière à ressort permet de la suspendre à la ceinture. Des équipes de sauvetage étaient dotées de ce type d'éclairage. Sch dans un cercle signifie Schlagwetterschutz (protection contre le grisou).
Quatre générations d'éclairage lors d'une soirée de bombance au fort d'Uxegney : une lanterne pliante de camping à bougie type Monjardet, une lampe à acétylène Friwo 1904, une Petromax 829 et une torche chinoise à led...
Remerciements, sources, échanges, conseils, avis, recherches, travaux de mécanique, bref étroite et profitable collaboration (par ordre alphabétique) :
Cyril Cary
Claude Etienne
Jean-Luc Faure
Michel Fort
Florian Garnier
Philippe Haillecourt
Karl Heupel
Ara Kebapcioglu
Eric Laforgerie
Wilfried Lambert
Cécile Miller
Dominique Paris
Bruno Rolle
Bernard Sebille
André Stéger



Retour.