Le caprice du comte Mattei (suite)



La chapelle n'est reliée à l'ensemble de l'habitation que par un haut escalier qu'elle domine, solitaire. Le comte Mattei l'a voulue très largement inspirée, pour ne pas dire plus, par la grande mosquée de Cordoue dont elle copie quelques travées.
La loggia qui la domine, curieusement, n'a pas de communication avec le rez-de-chaussée. C'est là, dans la tombe aménagée au premier étage, accessible par l'intérieur du bâtiment, que fut transférée en 1906 la dépouille du comte, selon ses volontés testamentaires.

 

 

 

Tombe du comte Mattei.

Surmonté de l'incantation Anima requiescat in manu Dei, un texte probablement de la main du comte expose sur un des côtés de la tombe ses espoirs en l'infini du monde.
Si des lecteurs italianisants décèlent erreurs ou contresens dans cette tentative de traduction, je leur serai reconnaissant de m'aider à les corriger.
" On dit que les étoiles de seizième magnitude sont si lointaines que leur lumière ne nous parvient qu'après vingt-quatre siècles. Elles ont été révélées par les télescopes de Herschel. Mais qui nous parlera d'étoiles encore plus lointaines, des atomes perceptibles seulement par les plus merveilleuses lentilles imaginées par la science ? Quel nombre représentera la distance que parcourrait la lumière au long de millions d'années ? Hommes, écoutez : quel autre espace règne au-delà des confins de l'Univers ! "

Une attention particulière a été accordée à toute la partie sanitaire. Les salles de bains étaient confortables et raffinées, ainsi qu'en témoignent les vues suivantes et les préférences (c'est le cas de le dire...) pour le matériel anglais.
La production d'eau chaude se faisait probablement par des chauffe-bains individuels dans chaque salle d'ablutions. En revanche, tout ce qui concerne le chauffage du bâtiment passait manifestement par l'intermédiaire de cheminées et de poêles : chose assez étonnante dans ce palais qui se voulait à la pointe du progrès, nulle part la visite n'a mis en évidence la présence de calorifère ou de conduits d'air chaud.


Certaines pièces sont donc munies de cheminées dans le style ambiant. Ainsi la cheminée aux visages, où des figures énigmatiques comme des masques vénitiens surgissent de la matière dans un mouvement que ne désavouerait pas l'Art nouveau, ou la cheminée des flamants, où, tout en surveillant des poissons gambadant dans un aquarium posé sur une cheminée qui semble mise en abyme, deux de ces volatiles nous confient leur philosophie, Haec otia nobis sed libertatem mavimus aeris, composée sur la base du sixième vers de la bucolique virgilienne Tityrus (Deus haec otia nobis fecit) : On nous a donné la tranquillité mais nous préférons la liberté de l'air.

Suite.