La carrière du village à Savonnières-en-Perthois (suite : le dépôt de munitions)




Dans les années 30, l'armée s'intéressa une nouvelle fois aux sites souterrains en général, et à celui qui nous occupe en particulier. D'abord pour en faire un abri antiaérien : en janvier 1935, le directeur du génie de Châlons-sur-Marne estime les vides utilisables sous Savonnières ajoutés à ceux d'Aulnois à environ 14 hectares, ce qui est luxueux pour les 1 130 habitants cumulés de ces deux communes. Incidemment, il précise qu'on pourrait y abriter facilement 15 000 à 20 000 personnes, soit une jolie ville. Malheureusement, il aurait fallu relier abri et conurbation par des connexions rapides et à très gros débit.

Ce projet ayant échoué, l'armée voulut en faire un dépôt de munitions, en exécution des prescriptions de la lettre 13.648 du 15 décembre 1939 du général commandant en chef les forces terrestres et de la note de service 2655/48 du 31 janvier 1940 du général commandant la IIIe armée. (Ces projets englobaient également les carrières d'Euville, près de Commercy, qui firent elles aussi l'objet de la sollicitude des Allemands au cours des années suivantes.)

Le dépôt devait héberger plus de 50 trains : 14 de 75 mm, 5 trains de 105 mm (L et C), 19 trains de 155 mm (pour des canons de 155 des types C, L/17, L/18 et L/GPF) et 6 trains de 220 mm. S'y ajoutaient 10 000 coups de 47 antichar, diverses munitions pour les blindés et des cartouches d'infanterie.

A partir des quelques plans existants, une brigade topographique commandée par le chef d'escadron Lafosse au nom prédestiné et le lieutenant Aube procéda entre novembre 1939 et fin février 1940 au recensement et au levé des vides. L'importante étude nous donne un intéressant état des lieux à la veille de la guerre.

L'ensemble représentait alors une superficie de 62 hectares d'un seul tenant (dont 21,5 de champignonnières), composée d'exploitations dont la majorité est parcourue par 9 kilomètres de voies de 60.
Sur la topographie militaire ci-dessus apparaissent clairement les raccordements ferroviaires à la voie d'intérêt local Naix-Güe : dextrorsum de l'est au nord, la gare principale, dont le bâtiment voyageurs, fermé en 1932, est encore debout et sert d'habitation, le raccordement de Boivin et de l'Espérance en gare de Bismarck, celui de Courteray sur la même gare, la boucle desservant la Croisette et l'Avenir, enfin, au nord, la boucle du Paquis, ces deux dernières ne faisant que desservir un quai vers une plate-forme routière. La zone entourée de pointillés où se situe la gare principale fait l'objet, dans le dossier, d'un agrandissement détaillé en vue des travaux d'aménagement des abords.

Une comparaison avec des plans récents montre que l'extension des années 50 s'est faite essentiellement sur l'ouest et le sud-ouest.
Les seuls travaux français achevés sont les défenses de l'entrée du Tunnel (appelée aujourd'hui la Gare) et de l'entrée de la Marlière, et consistent en leur renforcement par bétonnage, incluant le logement des portes coulissant perpendiculairement à la galerie, jamais posées (ci-après), et en la mise en place de créneaux de fusil-mitrailleur enfilant l'entrée (ci-dessus) mais aussi barrant définitivement le cheminement initial dans la carrière, et le déviant vers le sud par une large avenue renforcée en piédroit et en ciel, mâchant ainsi quelque peu le travail ultérieur des Allemands.

En revanche, demeurèrent sans commencement d'exécution tous les aménagements prévus pour le transport et le transbordement et visant essentiellement les entrées proches de la voie ferrée Naix-Güe :
- la Marlière, où la rampe devait être gravie par un moyen de traction tel que tracteur ou treuil ;
- l'entrée de la Gare, où une forme de transbordement était envisagée pour charger ou décharger 20 camions à la fois depuis une voie de 60 ;
- Boivin et l'Espérance, desservies toutes deux par la gare de Bismarck ;
- l'Avenir et l'Espérance desservies par la gare de Courteray via le tunnel des Fusées. Cette rampe de Courteray aurait desservi en fait l'Espérance, la Croisette - Sonnette, l'Avenir, la Briquerie, la Belgique, la Brasserie, la Comble via une voie intérieure de 60, les entrées en rampe existantes étant inutilisées militairement.
Il demeure d'autres traces omniprésentes et méconnues de la présence militaire française : ce sont les balisages rouges parcourant en tout sens les carrières et reliant les entrées. A titre d'exemple, figurent ci-après la croix latine balisant le cheminement entre le Paquis et le Champ au Vin et le gamma qui nous guide entre l'Espérance et Boivin. On peut encore trouver la croix grecque, le delta, les chiffres romains I et II, le U ou le F en capitales, le bêta, etc.
Paulo le géomètre est ici immortalisé dans des ateliers postérieurs à la Seconde Guerre mondiale. Si la surcharge naïve par la barbiche et la moustache, courante dans les dessins enfantins, n'est pas significative, le port du casque, même à pointe, rappelle de façon amusante les topographes militaires de 1939.
Suite.